France : le choc fiscal, c’est déjà fini

La mise en œuvre du programme présidentiel se dessine maintenant avec plus de précision sur le plan économique : ce sera d’abord la réforme du financement de la protection sociale, et le basculement sur la CSG des cotisations maladie et chômage payées par les salariés.

Donc un choc positif non négligeable de pouvoir d’achat pour ceux qui travaillent, de l’ordre de 1,5%, combiné à un choc négatif pour 60% des retraités et les rentiers, de l’ordre de 1,7%. Le jeu est normalement à somme nulle et ne devrait pas avoir d’effet de relance. Mais il permettra de prolonger la modération salariale, sans impact sur la demande.

Le choc fiscal n’aura pas lieu

Ce sera ensuite le début de la mise en œuvre par pallier de la baisse de l’IS. Son impact sera mineur sur les rentrées fiscales de l’Etat dans une période de hausse de la profitabilité. Bref, sont mises en œuvre dans un premier temps les réformes qui n’affectent pas l’équilibre des comptes.

La réforme de la fiscalité du capital (la flat tax à 30 %), la baisse des charges sur les heures supplémentaires, et la transformation du CICE en baisse de charges pérennes seront différées et étalées. Le choc fiscal n’aura donc pas (complètement) lieu.

La stratégie du mandat apparaît clairement : c’est celle du bon élève

Le cap est d’abord mis sur le respect des engagements bruxellois. Pour Emmanuel Macron, la croissance ne se gagnera que par les avancées de l’intégration européenne, et la France ne pourra  faire entendre sa voix qu’en se conformant aux règles. La croissance sera européenne ou ne sera pas.

Contrairement à ce qui est dit, l’obtention de l’objectif ne se résume pas à la rigueur d’abord, et la relance fiscale ensuite. Non, car les deux années qui s’annoncent seront plutôt des années de  neutralité budgétaire : 1/ la hausse de la CSG est compensée par la baisse des cotisations salariales. 2/ Le signal fort de la convergence de l’IS sur la moyenne européenne est à l’œuvre. 3/ Le gouvernement va serrer les boulons sur certaines dépenses, mais partant d’un budget 2017 plutôt expansif (il ne faut pas oublier la baisse de l’IR pour les ménages modestes, celle de l’IS à 28 % pour les PME, la baisse de cotisations entre 1,6 et 3,5 SMIC qui prend son plein effet en 2017, l’augmentation du taux du CICE de 6 à 7%, et son extension aux secteurs associatif et de l’économie sociale et solidaire via le crédit d’impôt sur la taxe sur les salaires).

Un double pari : le succès à court terme de réformes de long terme, et l’inflexion de l’Allemagne

Pas de rigueur, mais de la prudence. Avec un double pari. Celui que la réforme du marché du travail et que la baisse des cotisations sociales boosteront rapidement la reprise ; et celui que l’Allemagne bougera et acceptera de jouer un jeu coopératif. C’était déjà le double pari de Hollande, celui de la manne conjoncturelle et de l’infléchissement de la rigueur chez nos partenaires.

En attendant, on place les entreprises dans une injonction paradoxale : miser sur l’Europe, mais sans s’en donner tous les moyens, autres que les effets d’annonce. Respecter les règles de Bruxelles ne laisse d’autre option pour croître à l’économie française que de regagner les parts de marché intra-européennes perdues sur l’Allemagne et l’Espagne notamment, et d’attirer les capitaux. C’est un timing qui peut fonctionner avec de la chance, si la reprise européenne prend de l’ampleur. Mais dont la crédibilité s’effrite déjà, puisqu’il se soumet aux aléas de la conjoncture… et qu’il mise sur l’effet immédiat de réformes censées ne porter  leurs fruits qu’à long terme.

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