Retraites : la France va-t-elle vraiment dans le mur ?

Le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites, le COR, qui conclut que le réglage actuel du système produit un déséquilibre persistant, a allumé des voyants rouges. A juste titre ou bien la presse tire-t-elle le signal d’alarme un peu trop vite ?

La cuvée du COR de juin 2016 prévoyait un retour à l’équilibre du système de retraite aux alentours de 2025 dans le scénario central – c’est-à-dire sous l’hypothèse d’une croissance de la productivité de 1,5 % par an. Dans la nouvelle cuvée, le déficit voisine 0,8 % de PIB en moyenne entre 2027 et 2034 et ne se rapproche de l’équilibre que par la suite.

D’où vient cette dégradation ?

1/ D’une révision des hypothèses démographiques : l’espérance de vie à 60 ans légèrement révisée à la hausse, notamment pour les hommes, dégrade à la marge et à horizon lointain le ratio de dépendance entre cotisants et retraités. Et surtout, des perspectives migratoires moins favorables font passer le solde à 70.000 entrants nets par an contre 100.000 précédemment.

2/ D’hypothèses de taux d’activité moins favorables, avec, entre autres, l’effet du compte pénibilité qui atténue les effets attendus du rallongement de la durée de cotisation.

3/ De la baisse de la part de l’emploi public et de la modération salariale dans la fonction publique, qui réduit instantanément les ressources du système, les taux de cotisations étant légèrement supérieurs dans la fonction publique. Or les gains attendus de cette modération ne produisent leurs effets que tardivement.

Faut-il s’en alarmer ?

Non, car dans le message du COR il y a tout ce que nous savons déjà. Le financement est plus que borderline à court et moyen terme. L’ajustement français est très lissé. Il repose sur un allongement graduel de la durée de cotisation, mais surtout sur le fait que les retraites sont programmées pour augmenter moins vite que les revenus d’activité, puisqu’elles ne sont indexées que sur les prix et non sur la productivité. Il s’équilibre par un coup de rabot chaque année qui détériore lentement mais sûrement, le pouvoir d’achat relatif des retraités.

Ce mode d’ajustement nous évite toute catastrophe à long terme, mais ne permet pas d’affronter les aléas du court ou moyen terme. Or la hausse des ratios de dépendance, c’est maintenant. On est en plein dedans. Cette détérioration est moins ample à long terme et dure moins longtemps que dans d’autres pays. Mais pour l’heure nous sommes logés à la même enseigne que les pays à faible natalité.

Le système français est l’un des mieux provisionnés à long terme

Dès lors, il est normal que de petites révisions d’hypothèses à la baisse se paient cash. Et c’est le rôle du COR d’en avertir les décideurs publics et les partenaires sociaux. Ce qu’il fait sans exagération, car l’organisme veut éviter un sur-ajustement inutile qui casserait la croissance et serait contreproductif en matière de financement de long terme.

Il faut néanmoins relativiser les ordres de grandeur annoncés. Aujourd’hui, le COR nous alerte sur un risque de découvert qui varie de -1,2% à -0,3% du PIB à horizon 2035, selon les hypothèses. Ce sont des dérives gérables à 20 ans. Qui peuvent être revues dans un sens plus favorable si la croissance est au rendez-vous des prochaines années. Qui ne méritent pas de considérer notre système comme moribond. Et qui ne remettent pas en cause le fait que notre système soit l’un des mieux provisionnés à long terme, lorsque l’on regarde les risques qui pèsent sur les retraites dans d’autres pays.

Entre les systèmes par capitalisation d’une part, sur lesquels on ne peut faire aucun pronostic, et ceux par répartition, d’autre part, dont la Commission européenne nous dit qu’ils sont encore loin d’être paramétrés pour parvenir à l’équilibre à long terme, le système français n’est pas celui qui s’en sort le plus mal.

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