Alerte rouge sur la compétitivité des services

Jusqu’à 2015, la France pouvait compter sur ses services pour redresser ses comptes extérieurs, ayant perdu son industrie. Mais en 2016, les excédents ont été réduits à trois fois rien. De 25 milliards d’euros en 2012, record historique sur une année civile, le solde est passé à 15 milliards en 2014 pour tomber à 29 petits millions. Le décrochage est violent, trop pour être uniquement le reflet d’une perte subite de compétitivité de l’ensemble des services.

Le tourisme, responsable à 36% du décrochage

Une partie de ce décrochage trouve son explication dans l’évolution de la ligne « voyage » de la balance des paiements, représentative de l’évolution du solde du tourisme dont les dernières variations ont été affectées par des chocs externes : récession mondiale de 2008-2009, succession des attentats en 2015 et en 2016, qui ont dissuadé nombre de visiteurs étrangers de se rendre en France et fait fondre les recettes.

A cela s’ajoutent l’amélioration de la compétitivité de l’offre touristique mondiale – principalement celle des pays du Sud de l’Europe -, et la multiplication des vacances des Français à l’étranger. Bilan, le solde des voyages n’affiche plus qu’un maigre excédent, à peine supérieur à 2 milliards d’euros, un plus bas historique. L’affaissement du solde touristique est seul responsable, à hauteur de 36%, de l’enfoncement de la performance des services.

Le transport routier et aérien, à hauteur de 20%

Pour le reste, pas de doute, la dégradation de la compétitivité et le manque d’attractivité de l’offre sont responsables.

Dans les transports, le solde est quasiment déficitaire depuis la fin des années 90. C’est la marque d’une double attaque. La première dans le transport routier de marchandises : le pavillon français a été balayé par ceux d’Europe de l’Est qui ont joué à fond la carte du dumping social. Selon une étude du CNR, le coût kilométrique d’un conducteur routier à l’international pour un transporteur français est de 43 centimes d’euros. C’est 15 centimes pour un employeur polonais, et 11 pour un Bulgare. Soit un rapport de 1 à 4, c’est imbattable. La seconde dans le transport aérien, avec le développement du low-cost par des compagnies sous pavillons étrangers.

Entre 2012 et 2016, le déficit s’est ainsi creusé de 4,5 milliards d’euros. Ajoutés aux près des 9 milliards évaporés dans le tourisme, c’est près de 55% du creusement du déficit depuis le pic de 2012.

Les services aux entreprises, le plus alarmant

Mais c’est du côté des services aux entreprises qu’il faut aller chercher l’essentiel du déficit, et c’est bien le plus grave. Les excédents ont disparu pour laisser place à un déficit record en 2016 de plus de 5 milliards d’euros. C’est la trace comptable d’un double mouvement : celui d’une concurrence mondiale plus intense, et des délocalisations.

L’intensité de la concurrence mondiale se ressent depuis longtemps dans les services informatiques, où les ESN françaises (les ex-SSII) sont à la lutte avec les sociétés indiennes à la fois sur les marchés internationaux, mais aussi de plus en plus frontalement en France. Dans l’architecture aussi, où les cabinets français pour des grands projets comme les centres commerciaux sont de plus en plus directement concurrencés par des bureaux situés en Europe de l’Est.

Du côté des délocalisations, le mouvement s’étend aux prestations à forte valeur ajoutée comme la R&D ou des fonctions informatiques opérationnelles, après avoir été initié dans les activités comme les centres d’appel, les fonctions simples de supports administratifs des entreprises (paie…) ou le support informatique. Des services que l’on supposait indélogeables sont emportés.

La révolution numérique importe la concurrence internationale

Dès lors qu’un service, ou une tâche, peut être automatisé et livrable à distance, alors il y a un risque. La révolution numérique et l’émergence des plateformes importent la concurrence internationale.

Les services français sont d’autant plus mal embarqués que les coûts de la main d’œuvre y sont plus élevés que la moyenne des pays européens. Une prestation haut de gamme en France coûte environ (salaire et charges comprises) 47 euros de l’heure. En Allemagne c’est 41, en Italie 34, et en Espagne c’est moins de 25 euros, quasiment deux fois moins ! En Pologne c’est quatre fois moins, on retrouve les mêmes écarts que dans le transport routier.

Après l’industrie, ce sont donc bien massivement les services qui sont attaqués. Et c’est alarmant.

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