Réformes fiscales : pas sûr que la classe moyenne s’y retrouve

Les explications sur la montée des populismes ne manquent pas. Montée de la pauvreté, des inégalités, décrochage des territoires… Mais si le système vacille aujourd’hui, c’est surtout qu’il perd peu à peu son socle de soutien des classes moyennes. Les travaux empiriques se sont multipliés ces dernières années pour montrer la dégradation relative de leurs conditions de vie et de leurs perspectives de revenu.

En France, Emmanuel Macron a pleinement saisi la fenêtre d’opportunité du grand ras-le-bol des classes moyennes et su les détourner des options radicales. Le mot pragmatisme est celui qui revient le plus souvent dans sa bouche. C’est par un attelage d’hommes de bonne volonté, proches des réalités de l’entreprise, débarrassés de dogmes paralysants, qu’il prétend décoincer les choses.

Alors soyons pragmatiques, à notre tour, et regardons si la classe moyenne, cette majorité silencieuse qui assure la solidité discrète de la démocratie, s’y retrouve.

Flexisécurité : pas d’exemple probant pour les emplois de la classe moyenne

La flexisécurité promise par Emmanuel Macron est-elle à même d’amortir la grande tendance à la polarisation de l’emploi au sein des pays développés ? Cette montée en puissance des emplois de basse qualification, ou à l’inverse de très haute qualification, se fait au détriment des emplois intermédiaires. Ce phénomène de fond explique beaucoup du désarroi des classes moyennes, puisqu’elles sont de plus en plus aspirées par des emplois peu qualifiés et que la polarisation aux extrêmes réduit à néant la confiance dans l’ascenseur social, pour soi ou pour ses enfants.

Or, précisément, l’OCDE vient de chiffrer l’ampleur du phénomène dans les différents pays, en regardant comment s’est déformée la part des emplois de faible, intermédiaire et haute qualification. La France figure plutôt en position haute, en termes de délitement relatif des emplois intermédiaires. Mais elle est encadrée par le Danemark et la Suède, les deux emblèmes de la flexisécurité. Pas sûr, par conséquent, que l’option flexisécuritaire soit la panacée pour les métiers de la classe moyenne.

Fiscalité : pas sûr que la classe moyenne s’y retrouve

D’abord, il y a la suppression de la taxe d’habitation pour 80% des ménages. Comme beaucoup de faibles revenus sont déjà exemptés ou plafonnés, c’est un gain, surtout pour les classes moyennes : un cadeau fiscal de 10 milliards sur 3 ans.

Il y a ensuite la suppression des cotisations maladie et chômage, et leur remplacement par la CSG. C’est un gain de pouvoir d’achat de 1,5% pour tous les salariés jusqu’à 13.076 euros de salaire brut, qui décroît ensuite pour se transformer en perte au-delà de 33.000 euros. Seuls les très très hauts salaires sont donc perdants. Mais, les retraités seront mis aussi à contribution, via la hausse de la CSG. Et cette dernière entame leur pouvoir d’achat de 1,7% au-dessus de 1198 euros de revenus par mois pour un célibataire, ou 1838 euros pour un couple. Là, les retraités de la classe moyenne vont trinquer.

A quoi il faut ajouter la réforme de l’ISF, qui en réduisant l’assiette, va sortir de l’impôt une partie de ceux qui le payaient jusqu’ici. Une mesure de plus de 2 milliards qui bénéficie aux plus hauts revenus et patrimoines.

Autre réforme significative : la flat tax de 30 % sur les revenus du capital. Elle bénéficie d’abord aux contribuables qui ont du patrimoine et étaient taxés jusqu’ici d’autant plus lourdement qu’ils appartenaient aux tranches supérieures de l’IR. Pour les quelques faibles revenus qui ont du patrimoine, il existera toujours la possibilité de les déclarer sur l’assiette de l’IR et de n’être redevable que des prélèvements sociaux (de l’ordre de 15,5%). Entre les deux, puisque la réforme se revendique comme étant à somme nulle, on se dit que les perdants appartiennent forcément à la classe moyenne.

Bref, pas certain que la révolution fiscale d’Emmanuel Macron soit un cadeau pour la classe moyenne. Surtout si, pour la financer à coup d’économies budgétaires, les fonctionnaires sont mis à contribution.

Sans vraies perspectives pour ses métiers, et sans vrai cadeau fiscal, pas sûr donc que la classe moyenne s’y retrouve… à moins que la croissance améliore les choses en niveau absolu, à défaut de les améliorer en termes relatifs.

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