Stimuler la demande sans augmenter les importations, c’est possible

La vulnérabilité de notre commerce extérieur au moindre souffle de reprise interne est manifeste aujourd’hui. La rechute récente de notre balance commerciale hors énergie en témoigne. Et elle s’aggrave encore début 2017.

Cette dernière dégradation est préoccupante, plus encore que celle de 2008-2011. Notre commerce était alors pénalisé par un décalage conjoncturel avec sa périphérie. La demande intérieure française faisait de la résistance, tandis qu’elle s’affaissait bien plus dans nos marchés les plus proches (l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie), et surtout dans les marchés du Sud.

Or ce n’est plus le cas aujourd’hui. S’il y a décalage, ce dernier joue plutôt aujourd’hui en faveur du commerce hexagonal. Il s’agit donc bien d’un déséquilibre structurel.

Toute hausse de consommation se traduit par celle des importations

Or la France a peu ou prou stabilisé ses parts de marché à l’exportation. Le problème vient aujourd’hui de notre forte ou trop forte propension à importer, dont Xerfi a récemment souligné la racine : l’effondrement, à partir du début des années 90, de pans entiers de notre industrie de consommation.

De la filière textile, l’habillement, le cuir et la chaussure, dont il ne reste plus aujourd’hui qu’un champ de ruine ; de celle du meuble, où la production a été divisée par deux en moins de 30 ans ; ce à quoi s’ajoutent les stratégies de délocalisation des grands groupes, notamment dans l’automobile (de 3 millions de véhicules particuliers qui sortaient chaque année des usines françaises au début des années 2000, aujourd’hui ce ne sont plus que 2 millions de véhicules qui sont assemblés en France).

Bref, notre potentiel de production de biens de consommation sur le site France s’est effondré. Et il suffit de superposer la courbe de la production et celle de la consommation pour comprendre que désormais, toute hausse de la consommation de biens se paie cash par une hausse de nos importations et une dégradation de nos comptes extérieurs.

Monter en gamme ou… serrage de ceinture

Il faut avoir en tête cet élément lorsque l’on songe au rééquilibrage de notre commerce extérieur. Jouer le rembobinage du film de notre désindustrialisation ou de notre délocalisation paraît difficile pour ne pas dire impossible. Monter en gamme est la voie préconisée par les économistes. Plus de R&D, plus d’investissement dans la connaissance, etc. Mais cela prend du temps, si tant est que l’investissement se convertisse en innovation… ce qui est loin d’être automatique.

Il reste alors à demander aux ménages de se serrer la ceinture, en basculant par exemple la fiscalité sur la consommation et en favorisant le capital. C’est la solution classique, mais souvent déflationniste, et qui se paie par des destructions de capacité industrielle.

Et si on révolutionnait les modes de consommation ?

Il existe peut-être une autre voie… Encourager le déplacement de la structure de consommation vers les services, au détriment des biens industriels. Par une fiscalité incitative par exemple. Ou en favorisant le développement de nouvelles solutions, de mobilité par exemple, moins dépendantes de l’automobile version allemande, mobilisant moins d’équipements et davantage de services partagés. C’est souvent comme cela qu’un pays parvient à reprendre place. En révolutionnant les modes de consommation. La révolution des usages est aussi une façon de repenser notre compétitivité, qui nous sort du dilemme entre l’impossible montée en gamme et la douloureuse cure de rigueur.

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