Consommer c’est importer, ou la déconfiture du made in France

En France, consommer c’est importer ! Pourtant, au début des années 90, l’industrie des biens de consommation était prospère. C’est ce que montre le solde extérieur manufacturier, structurellement positif jusqu’au milieu des années 2000. En clair, notre industrie produisait plus de biens manufacturés que n’en consommaient les ménages et les entreprises.

Aujourd’hui, nous produisons moins de biens manufacturés que nous en consommons. Il faut donc importer la différence.

Franc trop fort, puis déferlante chinoise entament le processus

En fait, les premières digues ont sauté très tôt. Au début des années 90, dans le textile, l’habillement, le cuir et la chaussure. C’est la conséquence d’une grave erreur stratégique : la peseta espagnole, la lire italienne et la livre britannique sont dévaluées, quand le franc continue de coller à la devise allemande. Une décision qui va entraîner à partir des années 90 et au-delà la dégringolade de la compétitivité et une division par deux de la production.

A partir des années 2000, c’est la déferlante des produits venus de Chine après son adhésion à l’OMC. En à peine 10 ans, l’activité s’effondre de 76%. En moins de 20 ans, il ne reste qu’un champ de ruines et une production en lambeaux : -91% sur la période, difficile de faire pire !

Habillement, meuble, électroménager, jouets… Les fleurons tombent les uns après les autres

Et pourtant ! En resserrant l’échelle du temps pour éviter d’écraser les données, un nouvel accès de faiblesse apparaît. Depuis fin 2012, la production prend, une fois encore, la mauvaise pente laissant craindre le pire pour 2017. Bien sûr, l’ensemble textile, habillement cuir et chaussure est au cœur des difficultés de la filière des biens de consommation.

Mais d’autres bastions sont tombés. Dans le meuble, la production a été divisée par deux en moins de 30 ans : Vaugica, Cauval, Parisot Siège, tous ont fait l’objet d’un jugement de procédure collective. Dans l’électroménager, l’électronique grand public, l’industrie des jeux et jouets, des fleurons sont également tombés : Moulinex repris par Seb, Smoby-Majorette placé en redressement judiciaire, sont d’autres exemples de la déconfiture de la filière.

L’automobile, emblématique des délocalisations

Outre les attaques de l’extérieur, la baisse de la production s’explique aussi par les stratégies de délocalisations des grands groupes. L’automobile en donne une illustration parfaite. Au début des années 2000, l’automobile française est à son apogée avec plus de 3 millions de véhicules particuliers qui sortent chaque année des usines françaises. L’auto participe alors pleinement aux excédents extérieurs. Mais en 2004 Renault lance la Logan, première voiture low-cost, fabriquée hors de France. Derrière ce choix emblématique se dessinent deux virages stratégiques : délocaliser pour produire à bas prix pour une demande émergente en plein essor, mais aussi pour approvisionner les pays d’Europe de l’Ouest, dont la France. Résultat : le made in France s’effondre. En 2000, PSA Peugeot Citroën et Renault Dacia Samsung fabriquent 4,6 millions de voitures particulières, dont 2,8 millions sortent des usines françaises, soit un peu plus de 60% du total.

Huit ans plus tard, leur production mondiale flirte avec les 5 millions. C’est une hausse de 6,6% sur la période. En revanche, à peine 2 millions de véhicules sont assemblés sur le « site France ». C’est à peine 36% du total, l’équivalent d’une chute de 32% de la production. Chez Renault, la production nationale a même été divisée par deux sur la période. Ni le pacte automobile de février 2009, ni les accords de compétitivité plus tard ne changent vraiment la donne avec une production quasiment divisé par deux et un déficit extérieur à son record historique de 10 milliards d’euros. 10 milliards d’euros c’était, à la virgule près, l’excédent de la filière en 2004.

A trop flatter les consommateurs, on a sacrifié les producteurs

Le bilan est là : les fermetures d’usines s’accumulent, notre potentiel de production de biens de consommation chute. Et il suffit de superposer la courbe de la production et celle de la consommation pour comprendre qu’à trop flatter les consommateurs, on a sacrifié les producteurs. Désormais, toute hausse de la consommation de biens se paie cash par une dégradation de nos comptes extérieurs.

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