Loi travail : les mythes de la fléxisécurité

La flexisécurité, c’est la référence d’Emmanuel Macron. Ce vers quoi doit tendre le modèle français. Une alliance de flexibilité de l’emploi pour les entreprises, de sécurisation des parcours, avec un haut niveau de protection sociale, et de haut niveau d’investissement dans le capital humain. Dans la formation notamment.

La référence, c’est le Danemark bien sûr… et son fameux miracle. Mais beaucoup y incluent de façon approximative toute l’Europe du Nord. Avant de chercher en quoi le modèle est bon à imiter, et où en sont ses performances après le choc de 2008, regardons déjà quels pays peuvent être inclus dans le compromis flexisécuritaire.

La flexisécurité, c’est quoi ?

Première condition, disposer d’une législation souple ou relativement souple en matière de protection de l’emploi, concernant les  CDI ou les CDD. C’est le cas des pays anglo-saxons, mais ce sont bien les pays d’Europe du Nord qui se rapprochent le plus de cette condition. Citons le Danemark, dont les contraintes sont modérées aussi bien sur les CDI que les CDD, mais aussi la Finlande, et dans une moindre mesure la Suède. L’Autriche fait parti des pays intermédiaires. Quant aux Pays-Bas ou à l’Allemagne, ils développent plutôt une flexibilité duale, concentrée sur l’emploi temporaire. La Norvège de son côté verrouille fortement les CDD.

Deuxième condition, sécuriser les parcours professionnels mais aussi les parcours de vie. Conforme à son modèle, le Danemark est plutôt en proue en matière de dépenses sociales en % du PIB. Mais surtout concernant les dépenses de soutien actif aux chômeurs, de formation, de reconversion, etc. A nouveau, ce sont la Finlande et la Suède qui se rapprochent le plus de l’épure, et l’Autriche qui figure en position intermédiaire. La Norvège déroge là encore.

Troisième condition, investir dans l’économie de la connaissance et de l’innovation. Si l’on prend pour témoin le poids des dépenses publiques d’éducation et de R&D, encore une fois, le Danemark donne le ton. Et la Finlande, comme la Suède appartiennent au peloton de tête. L’Autriche appartient aussi à ce groupe, du moins concernant la R&D.

J’ajouterai ici un dernier critère : la part du financement par l’impôt de la protection sociale, qui nous indique la philosophie du système. Elle véhicule l’idée que la protection est l’affaire de toute la collectivité, et pas seulement de ceux qui travaillent. Ce dernier critère confirme qu’à côté du modèle de référence, ce sont la Finlande et la Suède qui se rapprochent le plus de l’épure. Quant à l’Autriche, elle n’a pas achevé sa mue.

Le modèle danois a prouvé sa robustesse

Tournons-nous maintenant du côté des performances. Les premiers temps de la crise ont malmené ces modèles, au point que l’on a pu craindre que la martingale ne se dérègle, emportée par son coût prohibitif.

Le Danemark, d’abord, a vu son chômage bondir de 3% avant crise à presque 8% de la population active début 2012. La maîtrise budgétaire a elle aussi été malmenée. En excédent de 5% en 2007, le solde public a basculé dans le rouge pour atteindre -2,7% en 2010. Un plongeon spectaculaire, largement dû au coût inhérent à la sécurisation des parcours. Le modèle a semblé dérailler. Mais cinq ans plus tard, force est de constater que, soumis au stress test de la crise, il a démontré une fois de plus une résilience supérieure à celle de la France.

Au prix d’ajustements, il est vrai. Le chômage est revenu graduellement à 6 %. Les comptes publics sont à nouveau maitrisés, avec un déficit inférieur à 1% du PIB et une dette qui est repassée sous la barre des 40% du PIB. Quant à l’excédent courant danois, supérieur à 8% du PIB, il n’a rien à envier à celui de l’Allemagne. Le Danemark n’est plus tout à fait le miracle qu’il fut, mais son modèle a démontré sa robustesse. Avec un change flexible, rappelons-le néanmoins.

La Suède récupère plus vite que la France

Quant aux modèles qui s’en rapprochent, ils ont connu des trajectoires diverses. La Suède a subi les mêmes démêlés budgétaires et une forte embardée du chômage. Mais comparée à la France, sa vitesse de récupération est supérieure. Et sa balance courante demeure en net excédent de plus de 4,5% du PIB.

Reste la Finlande, pourtant bon élève a priori, mais qui demeure à la peine, sur le plan budgétaire comme sur le front de l’emploi. Un pays bousculé par une double crise de ses filières industrielles papier et téléphonie, et qui démontre que la flexisécurité ne peut pas tout. Surtout lorsque le pays impacté est piégé dans les contraintes de la zone euro.

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