L’Allemagne, plus compétitive que jamais

Avec un solde courant proche de 290 milliards de dollars, l’Allemagne étale sa puissance. Elle a repris à la Chine la première place du palmarès des pays les plus excédentaires au monde et devance le Japon qui se hisse la troisième marche du podium. Et encore, ces chiffres en valeurs absolues ne tiennent pas compte de la taille des économies et minimisent en partie la performance allemande, qui est hors norme.

Une puissance hors norme

Excédents extérieurs, mais aussi excédent budgétaire pour la troisième année consécutive. Le solde des comptes publics du pays, qui englobent ceux de l’Etat fédéral, des Etats régionaux, des communes et des administrations de Sécurité sociale, est ressorti l’an passé à près de 24 milliards d’euros, soit 0,8% du PIB. C’est le plus important jamais atteint depuis la réunification.

Cela veut dire trois choses. Un que l’Allemagne va revenir sur 60% de dette dès 2019. Deux, qu’elle est armée pour mener une politique contra-cyclique en cas de récession mondiale. Et trois, qu’elle est en capacité de mener toute une série d’investissements stratégiques. Bref, la fête va continuer.

Ultra compétitive, même avec le nouveau salaire minimum

Et si la fête continue, c’est principalement que l’Allemagne reste ultra-compétitive. Pourtant, tout portait à croire que la compétitivité des entreprises allemandes allait céder sous les coups d’une double attaque : en interne avec la mise en place au 1er janvier 2015 d’un salaire minimum légal, et à l’extérieur avec la convergence des salaires vers les standards de l’Ouest des pays d’Europe de l’Est, « l’hinterland » allemand de sous-traitants à bas coûts.

C’était en fait une double erreur. D’abord, à 8,34 euros de l’heure, le salaire minium allemand reste relativement modeste. Pour rappel, le SMIC en France est de 9,76 euros depuis le 1er janvier 2017, soit un écart de 17%. Ensuite, il existe de nombreuses techniques de contournement dont les mini-jobs, ou le statut de travailleur indépendant. Sans oublier que sont exclus du salaire minimum les mineurs, les apprentis, les stagiaires, le fameux trio connu sous le nom d’« azubis » qui jouent un rôle très important en Allemagne. Enfin, la compétitivité-coût de l’industrie allemande vient notamment de coûts de production plus faibles dans les services dont l’industrie est une grosse consommatrice.

Certes, depuis l’introduction du salaire minimum, ce dernier a progressé quasiment deux fois plus rapidement de l’autre côté du Rhin qu’en France. Mais il avait beaucoup baissé au début des années 2000 à la suite de la déréglementation du marché du travail mise en place sous Schröder. et Aujourd’hui, l’écart de coût de la main-d’œuvre (salaires + cotisations) entre les deux pays dans ce secteur est encore supérieur à 18%.

La sous-traitance de l’Europe de l’Est, 2/3 moins chère

Autre facteur, l’industrie allemande a beaucoup « outsourcé » vers les pays d’Europe centrale. La trace la plus évidente de cette stratégie est visible dans les échanges extérieurs bilatéraux : l’Allemagne, c’est près du tiers des échanges extérieurs de la République tchèque, quasiment 30% de ceux de la Hongrie et de la Pologne.Or, les coûts de la main d’œuvre dans ces pays devaient converger à terme et rogner l’avantage de l’économie de bazar. C’est ce que montre une étude de la Confédération européenne des syndicats : entre 2000 et 2008, les salaires ont quasiment doublé en moyenne pour le trio formé de la Hongrie, la Pologne et la République tchèque.

C’est beaucoup plus qu’en Allemagne, et à ces rythmes la convergence aurait dû être achevée dès 2025. (FS6) Mais avec la crise de 2008, la mécanique s’est grippée. La progression des salaires a fortement ralenti, elle est devenue quasiment nulle, et les salaires dans les PECO représentent à nouveau moins du tiers de ceux de l’Allemagne. En d’autres termes, le réservoir de la compétitivité externe allemande est loin d’être à sec.

Près de 2% de croissance attendue en 2017

Idem, on pensait l’Allemagne coincée par sa démographie. Or sa population progresse à nouveau. Tout se passe comme si ce pays devenait une gigantesque pompe aspirante à main d’œuvre.

Puissante à l’extérieure, revigorée de à l’intérieur, l’Allemagne reste plus que jamais la place forte de l’économie européenne et devrait approcher cette année encore 2% de croissance.

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