La France condamnée au déficit extérieur ?

Le commerce extérieur reste le point faible de l’économie française. Même s’il s’est progressivement réduit depuis 2011, le déficit est permanent depuis 2002. Et le plus inquiétant c’est que les derniers chiffres pointent une nouvelle dégradation.

L’amélioration entre 2011 et 2015 était un mirage lié au cours du pétrole

Et pour cause, l’amélioration n’était en fait qu’une amélioration de façade car uniquement liée à l’allègement de la facture pétrolière. Passés de 87 à 40 euros le baril, les cours du brut ont permis de ramener le déficit pétrolier à 24 milliards d’euros. Une division par deux depuis 2012, sur une masse aussi importante, on touche bien là la pseudo amélioration de notre performance extérieure. Le problème, c’est que depuis, les cours ont cessé de baisser et le roi est nu.

Il suffit de suivre l’évolution du solde commercial hors énergie et hors matériel militaire pour prendre la pleine mesure de l’incapacité de nos entreprises à faire face à la concurrence étrangère, que ce soit à l’extérieur de nos frontières comme sur le territoire national : dans le rouge depuis 2007, le déficit a atteint le niveau record de 35 milliards d’euros en 2016. Et c’est bien des deux côtés de la balance, exports et imports, qu’il faut regarder pour bien comprendre. Il faut aussi se concentrer sur les échanges manufacturiers car ce champ d’investigation permet de mieux saisir les problèmes.

Quand la demande augmente, les importations creusent le déficit

Coté exports, la progression est très molle, moins de 1% en valeur en moyenne par an depuis 2012. C’est très maigre. Notamment face à la demande mondiale qui nous est adressée. Il ne faut certes pas trop noircir le tableau mais c’est un fait, le made in France a cédé beaucoup de parts de marché et aucune reconquête n’est à l’œuvre. Au mieux l’hémorragie a été stoppée.

Côté imports, il suffit de superposer deux courbes pour percer à jour notre impasse. En bleu, l’évolution de la demande domestique en valeur sur 12 mois glissants, en rouge celle des importations de produits manufacturés. Le lien est évident. Toute hausse de la demande domestique, qu’elle soit due à l’accélération de la consommation, au cycle de l’investissement ou au restockage, se paie cash par un boom des importations et une dégradation de la balance commerciale.

L’exemple le plus emblématique est celui de l’automobile. Les immatriculations ont de nouveau franchi les 2 millions d’unités et sont au plus haut depuis 5 ans. C’est peut être bon pour les concessionnaires, mais moins pour notre commerce extérieur car les importations de véhicules se sont envolées, entrainant un déficit record de 10 milliards d’euros.

Le gros du déficit est intra-européen

La France perd pied, notamment par rapport à ses partenaires. Le gros du déficit et des pertes de part de marché est intra-européen pour la France, qui joue perdant sur le grand marché, et qui souffre finalement autant de la concurrence rapprochée de l’Italie et de l’Allemagne que de la concurrence lointaine des émergents. Avec une Allemagne qui tire aujourd’hui les plus gros dividendes du marché unique, compte tenu notamment de son accès privilégié aux ressources de la frange orientale de l’Europe élargie. Mais pas seulement.

La géographie de nos déficits montre que tout ne relève pas de la compétitivité prix. Le poids des Pays-Bas dans nos pertes, ou de l’Irlande, montre aussi les ravages de l’optimisation fiscale et de l’intérêt pour les grands groupes de facturer en dehors du territoire. Elle porte aussi la marque de nos problèmes de gamme.

Face à cela, la France est objectivement dans une impasse. Car continuer ainsi, c’est risquer de se fracasser sur le mur de la solvabilité extérieure. Mais ramener le coût unitaire du travail dans les secteurs exposés au niveau de celui de pays ayant le même niveau de gamme, c’est consentir à une baisse des salaires et du niveau de vie des salariés très difficilement acceptable du point de vue de la cohésion sociale.

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