Transferts sociaux et mutualisation des dettes pour rééquilibrer la zone euro

L’émergence de forts déséquilibres dans le commerce international a toujours posé problème. La concentration de forts excédents sur quelques pays soulève la question de leur recyclage. Ces excédents ne posent pas de problème sur le papier, s’ils se réinvestissent sans tension dans les zones en déficit d’épargne. L’histoire montre cependant que c’est rarement le cas.

Les excédents ne se recyclent pas naturellement là où il le faudrait

Il suffit d’avoir en tête la crise pétrolière de 73, où les excédents de l’OPEP laminèrent la demande des pays développés et trouvèrent leur résolution à travers un financement monétaire des déficits… Cela a conduit à la stagflation. Cela fut encore le cas avec ce que l’on a appelé les « global imbalances » des années 90 (excédents massifs des émergents et déficit abyssal des Etats-Unis), dont le recyclage sur l’économie américaine a provoqué des bulles à répétition, déstabilisantes.

Et le problème se pose à la zone euro aujourd’hui dont on sait que l’excédent des paiements est concentré sur quelques pays, notamment l’Allemagne et les Pays-Bas. Cela veut-dire que ces régions sont structurellement en déficit de demande. Cela n’altèrerait pas la dynamique de leur périphérie, si ces excédents étaient massivement recyclés là où les besoins en capital sont les plus importants. Cela pourrait même armer en théorie un puissant mécanisme de rattrapage et de convergence. Or ce n’est pas le cas. L’épargne des pays excédentaires prend massivement le chemin des places financières européennes qui la dispatchent à travers le monde.

Trois solutions : un budget européen, l’Europe des transferts, la mutualisation de la dette
D’où ces trois idées aujourd’hui structurantes pour faire avancer la zone euro :

• S’armer d’un budget et d’un gouvernement économique capable d’allouer les ressources fiscales, par nature plus élevées dans les pays les plus avancés, vers les zones ayant un retard de développement. A l’image du système des dotations aux collectivités territoriales au plan national, qui permet de faire de la péréquation.

• Développer des transferts, cette fameuse Europe des transferts. Un concept valise que tout le monde appelle de ses vœux, mais sans en préciser le contenu.

• Mutualiser la dette ou une partie de la dette, ce qui permet de vivre avec des déséquilibres locaux entre épargne et investissement, et de ne considérer que l’équilibre global de la zone euro.

Il faudrait réussir à faire en Europe ce que les pays ont déjà du mal à réaliser au plan national

Trois idées, qui sont trois points de blocage politique. Et dont de surcroît on ne connait pas le mode d’emploi. Car l’excédent d’épargne allemand n’est pas entre les mains du gouvernement allemand. Ce sont des excédents détenus par les entreprises, les ménages, et dont l’allocation relève du secteur financier ou des entreprises elles-mêmes. Drainer l’épargne allemande vers les zones retardataires, ce n’est pas quelque chose qui se décrète. Les entreprises financières ou non financières le font si elles y trouvent un intérêt économique. Le recyclage ne se fait que s’il y a attractivité… et un bon système de garanties.

Organiser des transferts est déjà quelque chose de complexe au plan national. L’essentiel du rééquilibrage des niveaux de vie entre régions se fait d’abord par le biais des transferts sociaux et des minima. Les retraites irriguent tout le territoire, quel que soit leur niveau de développement. Le risque de chômage est couvert partout, selon les mêmes critères. L’accès au soin et à la santé est identique. Tout cela permet d’égaliser les niveaux de vie, indépendamment du niveau de développement d’une région.

Une autre partie de ces transferts est le fait de la puissance publique : salaires de fonctionnaires, investissements, etc. Occasionnellement, l’Etat central a su impulser des dynamiques locales : derrière Airbus, derrière l’essor des métropoles, derrière Fos-sur-Mer, il y a bien eu des impulsions, des infrastructures TGV, etc. Mais tout cela est loin de gommer l’hétérogénéité.

Il nous faut bien plus qu’un plan Juncker

Alors au plan européen, c’est une autre paire de manche. Difficile ou quasi impossible d’imaginer un système de protection sociale homogénéisé. Où, de fait, les salariés du Nord indemniseraient les chômeurs du Sud. Il ne reste que l’investissement public. Autrement-dit, savoir faire soudain ce que les pays ne savent pas faire au plan national, c’est-à-dire homogénéiser leurs territoires via la politique industrielle.
Cela veut dire qu’il nous faut bien plus qu’un plan Juncker, qui plus est focalisé sur le Sud. Et cela veut dire surtout, qu’il nous faudra un jour intégrer cette impossibilité de rééquilibrage en mutualisant les dettes.

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