L’état des lieux du mal logement

Ce n’est pas un chiffre mais une claque. Selon la Fondation Abbé Pierre, il y aurait 4 millions, ou presque, de Français mal-logés. Il faut ajouter les 12 millions de personnes en situation de « fragilité » à l’égard du logement. Et loin de régresser, le mal-logement s’enracinerait : +24% depuis 2006. Quant au nombre de personnes en situation de « fragilité » il aurait, lui, été multiplié par un peu plus de 2 sur la même période.

Ces chiffres abondamment repris dans la presse brossent le portrait d’un mal-logement endémique en France et pointent l’échec récurrent des politiques publiques. Ce diagnostic est pourtant contestable.

Près de 4 millions de mal-logés en France

Le problème majeur vient de la définition même du mal-logement qui évolue au gré des rapports, rendant difficile toutes comparaisons historiques. Ce que concède d’ailleurs la Fondation, page 12 de son dernier rapport : « Loin de régresser, le mal-logement s’installe même s’il est difficile de comparer l’évolution, entre 2006 et 2013, du nombre total de mal-logés ».

Alors repartons de l’Enquête nationale Logement que la Fondation prend pour socle. Menée depuis 1973 à intervalles plus ou moins réguliers (9 ont été publiées à ce jour), elle constitue le juge de paix en la matière. Parmi les statistiques, cette question posée aux ménages : « Comment jugez-vous vos conditions actuelles de logement ? » Trois réponses possibles : satisfaisantes ou très satisfaisantes ; acceptables ; insuffisantes ou très insuffisantes. C’est ici que se situe le mal-logement. Selon l’INSEE, cela concerne 5,9% des ménages soit un peu plus de 3,7 millions de Français. Un chiffre comparable à celui de la Fondation Abbé Pierre, la photo est la même ou presque.

Mais là où cela ne coïncide plus du tout, c’est sur le film, car la tendance de l’INSEE est à la baisse : même si l’amélioration est devenue beaucoup moins rapide, il y avait 6% de personnes insatisfaites en moins entre 2006 et 2013. Il ne faut pas se méprendre sur l’interprétation de ces données. Le mal logement évolue avec les normes sociales et le niveau de vie. Ce qui compte c’est la distance qui sépare les mal-logés des normes de la société actuelle et c’est bien ce qui est décrit par cet indicateur qui comporte donc une dose de subjectivité.

C’est sur la taille des logements que la situation s’est aggravée

Mais qu’en est-il des chiffres plus objectifs articulés autour de trois dimensions fondamentales du mal logement à savoir : la qualité de l’habitat, sa taille, et le fait de disposer de son propre toit ?

Première dimension, la qualité de l’habitat. L’INSEE comptabilise plus de 206.000 logements privés de l’un des trois éléments sanitaires de base (eau courante, baignoire ou douche, WC intérieurs). Il s’agit là d’une conception assez restrictive de l’inconfort, mais c’est indiscutable la situation s’améliore, 39% des habitations étaient concernées en 1973, encore 15% en 1984, et 0,7% aujourd’hui. Ces logements sans confort de base concernent 330.000 personnes.

Seconde dimension, la taille. Dans ce cas, être mal-logé c’est manquer d’espace. Pour le mesurer, il existe un indicateur de surpeuplement qui donne l’écart entre le nombre de pièces disponibles et le nombre de pièces considérées comme nécessaires. Aujourd’hui, 220.000 ménages environ sont en situation de surpeuplement accentué. A plus de 4 personnes en moyenne par foyer, cela concerne 900.000 habitants. Et là, contrairement à l’inconfort, la situation s’est récemment dégradée avec la crise.

Reste la troisième dimension : la privation de logement personnel. Les SDF en sont la partie émergée. Les personnes vivant dans des chambres d’hôtels ou hébergées par un tiers représentent une masse bien plus importante. Ensemble, plus de 900.000 personnes sont concernées.

L’amélioration s’est ralentie

De fil en aiguille et en enlevant les personnes comptabilisées deux fois, la France compte environ 2 millions de personnes vivant dans de très mauvaises conditions. C’est plus ou moins l’équivalent de l’ensemble de la population de la ville de Paris. La tendance est objectivement à la baisse et c’est tant mieux. Mais force est de constater que l’amélioration est devenue beaucoup trop lente. Il faut donc construire des logements sociaux certes, mais aussi réhabiliter et optimiser par de bonnes incitations la répartition des surfaces existantes sur lesquelles il n’y a pas pénurie, contrairement à ce qui est dit.

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