Macron est-il le président d’une France en faillite ?

Dans quel état Emmanuel Macron va-t-il trouver la France ?

Le chômage reflue, lentement

Côté emploi, la mécanique s’est dégrippée avec 603.000 créations nettes depuis l’arrivée de François Hollande au pouvoir. Et elles pourraient bien s’élever à près de 700.000 si la hausse continue au même rythme que les trois derniers trimestres.

On a bien sûr d’abord en tête les 585.500 chômeurs supplémentaires de catégorie A sur la même période. Il n’y a là aucun paradoxe. C’est seulement que les emplois supplémentaires ne suffisent pas pour absorber la hausse de la population active. Mais au-delà des à-coups ponctuels, toujours possibles, la tendance est à un lent reflux du chômage depuis octobre 2015 et le record de 3,58 millions de sans-emploi.

Beaucoup de mini-jobs et d’emploi intermittent

Il faut aussi s’interroger sur le contenu et la qualité de ces emplois. Ce qui a franchement augmenté ces dernières années, ce sont les emplois non-salariés (+ 280.000), qui pour leur grande majorité recouvrent des emplois free-lance de courte durée, ce qui entérine le développement de l’emploi intermittent.

On peut examiner d’autres catégories. Par exemple l’emploi intérimaire, en hausse de 112.000 sur la période, ou noter la montée concomitante du nombre de chômeurs de catégorie B et C en activité réduite : + 562.000.

La France, en important les remèdes des autres, finit par produire les résultats des autres. Elle fabrique beaucoup de mini-jobs avec, finalement, des effets quantitatifs tangibles au plan macro, mais peu de croissance et peu de productivité à la clé.

Les entreprises vont mieux

Parlons maintenant de l’état de santé du tissu productif. Les entreprises françaises vont mieux. Beaucoup mieux même, à l’aune des dépôts de bilan. Le reflux est même spectaculaire avec moins de 58.000 entreprises placées en redressement judiciaire en cumul sur 12 mois en janvier 2017, soit un recul de plus de 8% de la sinistralité. La moyenne de long terme n’est plus très loin, signe du retour à une situation quasi-normale.

Alors, tant mieux, mais pour quoi faire ? Investir ? En partie, comme le montre l’évolution de l’investissement des entreprises non-financières : fin 2016, les dépenses d’équipements surplombaient de 3,5% leur ancien record d’avant crise. C’est un bon point, mais pas d’emballement car l’effort d’investissement, lui, n’a toujours pas retrouvé son dernier pic. Et même si le chemin est le bon, le déficit d’investissement hérité de la crise n’est pas encore résorbé.

La compétitivité, pas vraiment

Reste à explorer l’évolution de la compétitivité-coût du made in France pour établir un diagnostic plus précis. A priori, la bonne nouvelle vient de là car elle s’améliore… Mais pas assez, car les entreprises françaises n’arrivent toujours pas à monter davantage en gamme pour justifier des écarts de prix vis-à-vis de leurs grandes concurrentes européennes.

Cela se voit dans l’évolution du solde commercial vis-à-vis des autres pays de la zone euro : le déficit est colossal et aucune amélioration nette n’est perceptible. On voit tout juste un arrêt de la dégradation, et encore, car les premiers chiffres de 2017 sont inquiétants. Notre tissu productif est donc encore convalescent et les comptes extérieurs plombés.

Comme les comptes publics d’ailleurs, même si, du côté du déficit public, la tendance est à une très lente amélioration : à -3,4% du PIB en 2016, il s’agit néanmoins du meilleur résultat depuis 2008.

Le pouvoir d’achat progresse à nouveau

Côté ménages, il y a du mieux aussi, notamment en matière de pouvoir d’achat. Bien entendu, il ne galope pas mais son rythme va crescendo, et à 1,4% en 2016, il est à son pic de forme depuis 2007.

Emmanuel Macron n’héritera donc pas d’une France en faillite. Mais il devra composer avec une économie en convalescence, encore fragile, présentant des éléments prometteurs mais encore insuffisants pour espérer une accélération de la croissance. Et c’est bien là tout l’enjeu du quinquennat qui s’ouvre.

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