Les 5 aberrations économiques les plus absurdes de Le Pen

J’aimerais souligner ici cinq grandes aberrations du programme de Marine Le Pen. Un programme qui conduirait l’économie hexagonale droit dans le mur.

Sous-estimer le coût d’une sortie de l’euro

La première grande aberration, c’est de prétendre sortir de l’euro et d’en tirer des bénéfices immédiats. Pierre angulaire du programme du FN, cette mesure placerait le pays dans une véritable impasse financière. Ce n’est pas le choix en tant que tel de sortir de l’euro qui est problématique. C’est une option politique et économique que l’on peut éventuellement défendre au nom de ses retombées à long terme.

Mais comme toute réforme structurelle de grande envergure, elle a un coût à court et même moyen-terme. Elle induit notamment des sorties de capitaux et un renchérissement du coût de la dette. Or le FN laisse croire au contraire que cette sortie dénouerait tous les problèmes de façon quasi-immédiate. Le vrai souci est là. Le faire de surcroît en accumulant les approximations techniques, en sous-estimant les mesures d’accompagnement politique et technique pour en garantir le succès à terme, relève de l’inconscience. Et cette sous-estimation des contraintes décrédibilise tout le financement d’un programme qui distribue à tout va des chèques aux différentes clientèles que vise le FN.

Laisser croire que la France peut bâtir une Europe à options

La seconde aberration c’est tout ce qui concerne le rétablissement de notre souveraineté, et par ricochet, notre relation à l’UE. La volonté proclamée de restituer au peuple français sa souveraineté monétaire, législative, territoriale et économique, de sortir de l’espace Schengen, de mettre en place un « protectionnisme intelligent », de mettre fin aux dépenses liées à l’Union européenne, d’autoriser le financement direct du Trésor par la Banque de France, et tout ce qui concerne la PAC et l’agriculture, tout cela est rédigé sur un mode purement incantatoire, sans mode d’emploi. Et, surtout, laisse croire que la France aurait la main pour se bâtir une Europe à option.

Or, tout cela, même en l’édulcorant, implique une sortie pure et simple de l’UE, autrement dit un processus dont on commence tout juste à mesurer la complexité, la durée et le coût avec le Brexit.

Nier l’impasse financière que constituent les retraites

Ensuite, le volet des retraites… Le FN propose de faire table rase des réformes engagées jusqu’ici. Retour à 60 ans de l’âge de la retraite, à 40 ans du nombre d’années de cotisation, revalorisation des petites retraites, etc. Autrement dit, le FN est dans un total déni de l’impasse financière à laquelle conduit l’équation de la dépendance à long terme. Il y a là un énorme problème, symptomatique d’un clientélisme sans vergogne.

Réduire la population active pour réduire le chômage

Quatrième non-sens, la sur-taxation du travail des étrangers. Un malthusianisme qui choque sur le plan des principes et dont l’efficacité n’est corroborée par aucun travail empirique. Réduire la population active ne réduit pas le chômage. Cela est bien documenté. On a déjà essayé de le faire avec les vieux et les préretraites. Sans succès. On peut le faire avec les étrangers. L’effet sera identique.

On peut faire mine d’ignorer aussi que les emplois occupés par les étrangers (6% de l’emploi en fait), sont souvent des emplois non acceptés par les natifs ou les résidents… On peut aussi ignorer que l’emploi perdu induit un choc de demande négatif, qui rétroagit sur l’emploi des nationaux, etc. Cette mesure n’aura pour seul effet que de stigmatiser une partie de la population et de compliquer son insertion déjà problématique.

Attribuer le déficit public à l’immigration

Enfin, cinquième point, comment ne pas pointer du doigt la fausse idée selon laquelle nos déficits publics seraient le fait des coûts sociaux induits par trop d’immigration. Cela ne résiste pas à l’analyse objective des faits. Le vrai danger de cette approche est qu’elle permet d’esquiver les vrais problèmes, et de ne pas traiter sur le fond la question du financement de l’Etat, alors même que le FN confère à la puissance publique un rôle de premier plan.

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