Le cafouillage et l’enfumage de Le Pen sur l’euro

Le Front National et l’euro… Disons-le d’emblée, c’est un grand n’importe quoi. Comme beaucoup d’autres éléments d’un programme clientéliste qui agrippe toutes les colères et fait son beurre du rejet à tout va d’un système en crise. Sauf que le rejet ne dessine en rien un programme cohérent. Il n’est que la compilation d’autres erreurs à ne pas commettre. Désigner des boucs émissaires – l’euro, la finance, ou les migrants, soit désincarnés, soit sans droit de vote – en aguichant la classe moyenne, est peut-être payant électoralement. Mais cela n’apporte en rien des solutions. Cela nous ramène simplement au niveau zéro de la réflexion.

En un temps de transformation qui exige non pas de revenir en arrière mais surtout d’inventer de nouveaux compromis, le Front National est une machine à pondre des solutions pires que le mal.

En matière monétaire, l’à-peu-près ne pardonne pas

Emblématique de cela, l’Euro et le Frexit. Chacun est conscient aujourd’hui des graves dysfonctionnements de la zone euro, nul besoin d’y revenir. Mais une chose est sûre. L’à-peu-près  en matière monétaire et financière ne pardonne pas. Et les tergiversations du Front National sur une question aussi essentielle sont de bien mauvaise augure.

Sortir de l’euro, choix politique radical, constituait jusqu’ici la pierre angulaire de la stratégie frontiste, car c’est sur cette sortie que reposent les supposées marges de manœuvre retrouvées en matière de politique économique. C’est ce qui permettait au FN de faire l’impasse sur le financement de son programme de chèques à tout va, en prêtant à la souveraineté monétaire retrouvée mille vertus immédiates.

Sortir de l’euro aurait un coût qui empêcherait le FN de financer son programme

Première illusion, car à supposer que cette option brutale soit possible, il existe alors toute une série de coûts transitoires qu’on ne peut nier et qui interdirait au FN de financer son programme. La marge de manœuvre politique restaurée, éventuellement, à terme, aurait un coût. Une hausse des taux, d’abord, qui incorporeraient le risque de fluctuation du change et un risque de défaut plus élevé (puisque la France perdrait la couverture des mécanismes européens) ; une aggravation du problème des créances douteuses au plan européen, ensuite, qui fragiliseraient au moins transitoirement les banques et la croissance.

Les dévaluations compétitives non coopératives aboutiraient de surcroît à un bilan plus qu’incertain en termes de compétitivité.

S’ajoute à cela le risque de revalorisation du poids des dettes émises à l’international. La conversion de ces dettes, notamment de la dette publique détenue aux deux-tiers par des étrangers, est un problème juridique qui est loin de faire l’unanimité. Pour la composante émise sous droit international, la monnaie de référence resterait l’euro. Et même pour celle émise sur les marchés nationaux, le passage au franc s’impose, mais pourrait entrainer des recours pour compenser les pertes… Autrement dit, la France n’échapperait pas au fait que le fardeau de sa dette, remboursée dans une devise nationale dépréciée, risquerait de s’alourdir substantiellement.

Faire coexister le franc et l’euro : les inconvénients du système actuel, sans les avantages

Mais il faut ajouter à cela la nouvelle option proposée par le FN. La candidate du Front national évoque désormais la coexistence possible d’une «monnaie commune» et d’une «monnaie nationale». Qu’elle vend comme une sortie « tranquille ». Une expression qui constitue un enfumage.

Comment supposer que la sortie unilatérale de la France de la zone euro et l’éclatement de celle-ci qui s’en suivrait ouvrirait un scénario de coopération et de stabilité forte entre les anciens Etats membres ? Un tel scénario est tout simplement invraisemblable. Il conduirait en outre à ne pas utiliser les marges de manœuvre ouvertes par la sortie et à maintenir le carcan dénoncé. Ce seraient les contraintes de l’ancien système, sans les avantages.

Le problème du financement de la dette et de la fuite des capitaux

Prétendre par ailleurs que le rachat par création monétaire de la dette publique nationale, par la Banque de France, constituerait un avantage décisif par rapport au quantitative easing de la BCE et aux quasi taux zéro d’aujourd’hui, est plus que douteux.

C’est faire enfin l’impasse sur notre dépendance aux marchés internationaux concernant le financement de notre déficit de la balance des paiements. Une dépendance qui obligerait probablement la banque centrale nationale à revaloriser les taux d’intérêt pour ne pas couper le robinet des financements, et le gouvernement à instaurer un contrôle des capitaux pour éviter leur fuite.

Imaginons enfin que le Frexit ne soit qu’une menace pour faire pression sur nos partenaires européens. On se dit là encore que c’est une bien mauvaise option, qui se retournerait contre la France, tant les risques induits par la fuite des capitaux risqueraient de fragiliser le pays.

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