L’équation insoluble de la future présidence

A quels défis sera confronté le nouveau président ? Pour en prendre la mesure, considérons les trois grandes exigences qui sont la clé d’une croissance harmonieuse : l’efficacité, la cohésion sociale, et notre insertion dans la mondialisation. Chacun de ces défis est redoutable quand il considéré isolément.

Aucune baguette magique pour que la destruction devienne créatrice

Celui de l’efficacité, c’est celui qui replace l’entreprise au cœur de la création d’emplois et de richesse. Cela peut paraître évident, mais prétendre aujourd’hui que par un coup de baguette magique, la libération de l’initiative et le reflux de l’État permettent de faire éclore dans un jeu spontané l’économie et les emplois de demain, et que la destruction créatrice est un jeu gagnant sur le plan de l’emploi, est tout sauf une évidence.

Le jeu de la main invisible et des algorithmes, tout aussi invisibles, semble plutôt faire naître à ce jour une économie duale. Avec le spectre de l’ubérisation, qui fait que si le travail ne disparaît pas, il voit son contenu et sa qualité s’appauvrir pour une proportion croissante de la population. Et l’on sent bien que dans ce nouveau contexte, il sera difficile de faire l’impasse sur le rôle de la puissance publique.

La cohésion sociale, un vrai risque pour toutes les économies développées

Considérons maintenant le défi de la cohésion. Il ne s’agit pas seulement d’une tradition française, qu’il faudrait considérer comme un anachronisme. Il constitue en fait une exigence pour toutes les sociétés développées, dont le fractionnement crée un vrai risque politique et social et finit par miner et la démocratie, et les débouchés. L’équité peut être obtenue par des voies qui diffèrent d’un pays à l’autre. Mais tous les pays sont confrontés à la même difficulté.

• Il existe des pressions déflationnistes de plus en plus fortes sur les revenus primaires des classes moyennes dont les métiers sont automatisables

• Il est de plus en plus difficile de faire de la redistribution verticale. La taxation des hauts patrimoines et des hauts revenus est problématique partout, tant les bases sont devenues mobiles et tant l’ingénierie fiscale permet d’éviter l’impôt en toute légalité en haut de la distribution.

• Le recentrage de la fiscalité sur les bases non mobiles, autrement dit la consommation et l’immobilier, tend à pénaliser toujours plus la classe moyenne.

• L’exigence de solidarité s’est enrichie d’une dimension intergénérationnelle évidente autour de la préservation de la planète. Bref, toutes nos sociétés sont confrontées à une exigence de redistribution et de responsabilité dont elles ne maîtrisent encore ni les leviers, ni la gouvernance.

Avec la mondialisation digitale, les pressions déflationnistes vont s’accroître

Considérons le troisième enjeu maintenant, celui de notre insertion dans l’économie mondiale. Nos économies développées entrent à marche accélérée dans une nouvelle phase de la mondialisation, celle de la digitalisation. Non nécessairement choisie. Les phases précédentes de la mondialisation contemporaine, qu’elle soit commerciale ou financière, avaient une dimension discrétionnaire évidente. Les accords de libre-échange et la libéralisation des marchés financiers ont joué un rôle décisif dans la transformation de nos économies.

La mondialisation digitale, elle, est d’abord d’ordre fonctionnel. Elle modifie les conditions d’accès aux services sans que cela relève d’un choix délibéré. Et, ce faisant, elle étend le champ de la concurrence à des pans entiers de l’économie tertiaire. Elle rend quasi obsolètes nos psychodrames sur le travail détaché, puisque demain, que ce soit par le truchement des robots, des imprimantes 3D, des algorithmes, ou tout simplement du travail à distance, il sera de plus en plus aisé de dissocier le service de son prestataire.

Autant dire que les pressions déflationnistes ne sont pas prêtes de s’apaiser, quel que soit l’activisme des banques centrales. Et croire qu’une économie peut s’extraire de cela par des exits et des dénis est un leurre.

Efficacité, débouchés, équité : un triangle d’incompatibilité

Or, il s’agit bien aujourd’hui de combiner ces trois exigences. Il n’y a pas d’efficacité sans débouchés. Pas de débouchés durables sans solidarité et responsabilité. Pas d’ancrage de l’activité sur le territoire sans prise en compte des nouvelles exigences de la mondialisation. Mais la vérité est qu’aujourd’hui, le triangle que nous venons de présenter demeure encore pour toutes les économies un triangle d’incompatibilité. Nul pays ne sait marier ces trois exigences.

Et ne nous laissons pas abuser par les mots. Certes, Emmanuel Macron a su s’emparer des mots-clés de notre trilogie avec sa référence danoise à la flexi-sécurité, avec son techno-optimisme sur le numérique. L’emballage est là. Mais le défi qui l’attendra, s’il accède au pouvoir, est autrement plus redoutable. Ce qui se jouera ne sera plus seulement d’ordre conceptuel. C’est à l’émergence d’un nouveau mode de régulation du capitalisme qu’il devra apporter sa pierre. Rien de moins. Sans solution pré-écrite. Que, sans mauvais jeux de mots, il devra inventer en marchant.

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