De la financiarisation à la digitalisation : la mondialisation en folie

La mondialisation est un processus ancien. Cyclique au regard de l’histoire, si l’on se focalise sur l’intensité des mouvements internationaux des marchandises, des hommes ou des capitaux, mais en approfondissement constant si l’on considère l’étendue des flux qui peu à peu se globalisent. Alors bien sûr, certains pronostiquent le reflux de la vague contemporaine. Les choses ne sont pourtant pas si simples, dès lors que l’on admet que derrière les mots de mondialisation / globalisation, il y a des phénomènes multiples.

D’abord, la libéralisation des échanges commerciaux

Derrière la mondialisation il y a d’abord eu ce que l’on pourrait qualifier de libéralisation du monde. Une libéralisation des échanges d’abord, voulue après-guerre et matérialisée par l’accord du GATT de 1947. Partant de 23 pays, il s’est approfondi continuellement au cours des différents cycles de négociation, engageant aujourd’hui 164 nations, avec pour point d’orgue l’accession de la Chine à l’OMC en 2001. A la clé, un allégement des barrières tarifaires et non tarifaires, sur un champ de plus en plus étendu de flux matériels et immatériels.

Cette intensification du commerce a eu plusieurs conséquences majeures :

• La prégnance de la thématique de la contrainte extérieure sur la conduite des politiques économiques nationales, qui a bousculé le logiciel keynésien.

• La montée en puissance du dogme néo-libéral à l’origine de la vague de dérèglementation qu’ont connue la plupart des grandes économies développées ou émergentes.

• Une nouvelle division internationale du travail qui a eu pour corollaire une intensification de la concurrence sur le travail non qualifié, dont les multinationales ont été des acteurs clés. Et cette intensification de la concurrence constitue une première source de pressions déflationnistes à travers le monde.

Ensuite, la financiarisation et la libéralisation des capitaux

A cette première tendance s’est superposé le mouvement de financiarisation du monde, d’origine réglementaire et technologique comme le précédent. A son origine, le big bang financier des années 80-90, et la vague de libéralisation des flux de capitaux. Ce qui la caractérise, c’est l’explosion des transactions financières à travers le monde, dont certains économistes nous disent qu’elles représentent plus de 100 fois le PIB mondial.
Mieux vaut cependant ne pas s’attarder sur cette statistique qui compare des choses non comparables, les transactions étant de nature différente d’un flux de production, et probablement de moins en moins quantifiables avec l’explosion du trading à haute fréquence.

Ce qu’il faut retenir, c’est d’abord le déplacement des transactions sur les marchés dérivés, la montée du shadow-banking – avec des risques de moins en moins traçables -, et la montée de la problématique de l’attractivité, qui rajoute une nouvelle contrainte sur les politiques nationales dépassant de loin les exigences de la contrainte extérieure du temps des Barre et Delors. C’est désormais à un véritable concours de beauté en matière de rentabilité auxquels doivent se livrer les États, ce qui leur a fait perdre de leur liberté en matière de fiscalité et de régulation.

La diffusion des modèles de gestion axés sur la création de valeur, et la représentation de l’entreprise comme un portefeuille d’actifs que l’on fusionne ou acquiert à échelle du monde, génèrent une énorme pression. Et cette intensification de la concurrence sur le capital constitue une deuxième source de pressions déflationnistes à travers le monde.

Et maintenant, la numérisation

Ces deux premières dimensions de la mondialisation sont certainement en partie réversibles, sous le jeu de nouvelles contraintes réglementaires destinées à faire rentrer le torrent dans son lit. Mais on ne peut ignorer le troisième étage de la mondialisation contemporaine, que l’on pourrait qualifier de digitalisation du monde. Une accélération considérable de l’histoire depuis les années 2000, qui expose tout à coup toute la composante tertiaire de nos économies à la concurrence, puisque presque tout devient exportable à terme, pouvant demain être traité par algorithmes ou par le truchement de machines intelligentes autonomes ou pilotées à distance.

Voilà donc que les deux tiers de notre production, qui étaient hors du jeu de la compétition mondiale, y rentrent. Et que des acteurs ultra-dominants, les GAFA notamment, font main basse sur la valeur créée et la matière fiscale. Les chaines de valeur mondiales doivent épouser de nouvelles formes.

Difficile dans ce contexte d’adhérer au mot de « démondialisation », quand des plateformes tentaculaires émergent, et quand les chaines de valeurs tendent à se raccourcir, mais aussi à se fragmenter à travers le monde. Au final, la digitalisation du monde c’est un peu comme si le big bang de la finance s’étendait à l’ensemble de la sphère productive, propageant sa folie à tous les flux dématérialisés.

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