L’envol des géants du numérique … pauvres en emplois

Début 2017, la capitalisation boursière des GAFA (c’est-à-dire de Google, Apple, Facebook, et Amazon) dépassait les 2000 milliards d’euros. C’est plus que l’ensemble du CAC 40 (1500 milliards). Leur valorisation équivaut au PIB de la France.

Les technologies, premier secteur en valorisation boursière

Ces entreprises emblématiques du web trustent d’ailleurs les premières places du top 10 des plus grandes capitalisations mondiales. Apple est l’entreprise la plus chère du monde (752 milliards de dollars) et devance Alphabet, la maison mère de Google. Microsoft complète le podium, suivi de près par Amazon et Facebook, respectivement en 4ème et 6ème position.

Premier constat, les 10 entreprises les plus valorisées au monde ont toutes leur siège aux Etats-Unis et il faut descendre à la 11ème position pour trouver un non-américain, en l’occurrence le leader chinois du e-commerce Alibaba.

Second constat : le secteur des technologies est devenu, et de très loin, le plus important en Bourse. Il dépasse celui de la finance. L’ascension a été fulgurante. A peine plus de 10 ans auront suffi pour totalement bouleverser la hiérarchie mondiale. En 2006, seul Microsoft faisait partie du top 5, derrière deux groupes pétroliers et le conglomérat industriel Général Electric. Début 2017, une seule entreprise présente dans le club des 5 n’appartient pas au secteur des technologies, en l’occurrence Berkshire Hathaway, la société d’investissement dirigée par Warren Buffet.

Bien entendu, la capitalisation boursière est trop réductrice pour être l’alpha et l’oméga de la mesure de la puissance des grands groupes, le chiffre d’affaires est aussi un critère à intégrer. Mais même avec ce juge de paix, la modification du classement symbolise bien le passage de témoin d’une économie à une autre.

Les GAFAM, 11% du chiffre d’affaires des 25 plus grosses sociétés américaines

Aux Etats-Unis, cette grande transformation devient évidente. En 1980, le haut du tableau est archi dominé par les pétrolières. Pas moins de 12 compagnies font partie du top 25 et réalisent 54% du chiffre d’affaires de l’ensemble. Les géants de l’automobile (Général Motors, Ford, Chrysler) arrivent en seconde position et devancent les chimistes qui complètent le podium. Les services sont absents ou presque, IBM, ITT, ATT sont certes dans le top 25 mais beaucoup plus en tant que fabricants que comme prestataires de services.

20 ans plus tard, développement de la consommation de masse et financiarisation de l’économie obligent, la grande distribution et la finance font une percée et la base sectorielle est beaucoup plus éclatée.

En 2000, si la distribution est toujours là avec son étendard Wal-Mart, seuls Exxon Mobil, General Motors, Ford, General Electric et Boeing ont réellement une fibre industrielle et ils ne représentent plus que 21% du chiffre d’affaires du top 25. De l’autre côté, deux des GAFA (Apple et Amazon) intègrent le top 25 auquel il faut ajouter Microsoft. Un autre pôle, celui de la santé au sens large (du négoce de médicaments en passant par l’assurance santé et les chaînes de pharmacies), émerge. Le centre de gravité a totalement et définitivement basculé vers les services et le numérique.

Les géants du numérique, des nains en termes d’emploi

Cela a une conséquence majeure sur l’emploi. Car ces nouveaux géants sont des « nains ». Amazon, qui arrive en tête et de loin avec 230.800 employés, ne pointe qu’à la 74ème position du classement mondial en termes d’effectifs, Microsoft à la 194ème, Apple à la 211ème et Google à la 311ème. Quant à Facebook, avec à peine plus de 10.000 salariés, il n’intègre même pas le classement réalisé par Fortune des 500 plus grands employeurs. Au total, ce sont moins de 531.000 emplois cumulés, soit à peine le quart des effectifs de Wal-Mart, première employeur de la planète. C’est moins aussi que le premier employeur européen, Volkswagen, et finalement pas beaucoup plus que Carrefour, premier employeur privé en France.

Et voilà que d’autres acteurs comme Uber ou Airbnb pointent leur nez avec des valorisations estimées approchant ou dépassant les 50 milliards de dollars et seulement quelques milliers d’emplois à la clé. C’est un fait, une poignée d’entreprises capte désormais une part de la valeur mondiale sans rapport aucun avec leurs effectifs. Avec pour autre point commun de faire travailler le consommateur… le fameux consomm’acteur. Et c’est leur tour de génie, car ce travail-là est gratuit.

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