Ces pilules du passé présentées en panacées

Le temps des élections est souvent celui de la grande amnésie. Chaque programme prétend reformater le disque dur de la politique française, comme si nous sortions d’un long désert politique. Je vous propose ici un rapide accéléré de quelques grandes options politiques françaises. Non pour en faire le bilan, ni pour alimenter la longue complainte de nos errements. Mais plutôt pour recontextualiser les choix que nous proposent les principaux candidats, et rappeler aussi de façon un peu perfide le réchauffé de certains plats que l’on nous propose.

Franc fort, désinflation compétitive

Je remonterai au tournant des années 80-90. La France vient d’achever la première vague de privatisation. Elle a cassé la spirale prix salaires. L’option forte à ce moment-là est celle du franc fort, de la désinflation compétitive, de l’arrimage coûte que coûte au deutsche mark. Avec une volonté de restaurer les bases réelles de la compétitivité par un tri sélectif des bonnes entreprises. Cette politique a été inaugurée au milieu des années 80 et s’étire jusqu’en 1998.

Elle est surtout réaffirmée sous Pierre Bérégovoy au moment de la crise du SME de 1992, qui voit notamment décrocher la livre anglaise, la lire italienne et la peseta espagnole. Le franc tient bon et c’est vraiment à ce moment-là que l’on peut véritablement parler de franc fort.

Plans de rigueur, consolidation budgétaire

1992 c’est aussi le traité de Maastricht, qui lance l’union économique et monétaire devant conduire à la création de l’euro en 1999-2002. La France entre alors dans un long tunnel de consolidation budgétaire, destinée à la qualifier pour l’euro. Un ajustement d’autant plus coûteux que l’Europe ne parvient déjà pas à coordonner ses efforts. Les plans de rigueur s’empilent, sapant la croissance et annulant les résultats que la rigueur aurait dû avoir sur le redressement des comptes publics.

A l’époque, cette politique porte bien ses fruits d’un strict point de vue financier. Elle semble avoir remis le commerce extérieur sur ses rails. De 1992 à 1999, l’excédent de la balance des paiements ne cessera de croître, pour atteindre son apogée en 1999, à 3,5% du PIB. Un redressement qui va de pair avec celui des marges des entreprises.

Modération salariale, traitement social du chômage

Mais cette politique a un prix : un taux de chômage qui ne passera pas sous la barre des 10% de 1993 à 1999. Et face à cela, des choix ont été faits : la modération salariale, et le traitement social du chômage. Devant l’énorme vague de désindustrialisation, la thématique de la fin du travail a déjà gagné les esprits. On l’oublie souvent. C’est notamment Michel Rocard qui en a posé les bases dès 1988, avec la création du RMI, revenu minimum d’insertion, ébauche en son temps de l’idée de revenu universel. Et c’est à la même époque, en 1991, qu’est créée la CSG. L’idée est déjà de fiscaliser la protection sociale, comme dans le nord de l’Europe, face à ce que l’on pense être une attrition inévitable du travail, pour financer la protection sociale.

La fin de l’histoire est cependant heureuse. Le chômage est accepté comme une fatalité, et traité avec des anesthésiants. La croissance revient au galop après 1997, donnant le sentiment que le sang et les larmes ont payé. Le commerce extérieur est à son zénith.

Prime pour l’emploi, emplois aidés, 35 heures

Passons alors sur le long épisode Jospin, pendant lequel la priorité est placée sur le chômage. Avec une idée simple : le chômage est persistant par hystérèse. Il constitue un piège qui s’auto-renforce car il sape l’employabilité des personnes. La seule façon d’éradiquer le chômage, c’est donc de remettre les chômeurs en emploi, quels qu’en soient les leviers, pour restaurer leur employabilité.

C’est alors la prime pour l’emploi, qui doit inciter les chômeurs à reprendre un emploi même mal rémunéré. Ce sont les 35 heures, adossées à la baisse des charges. C’est déjà aussi l’idée de relancer le dialogue social au niveau des branches et de l’entreprise, pour déroger à la norme générale. Et c’est surtout l’explosion de l’emploi aidé. Avec des résultats bien tangibles, puisque la France revient dans la moyenne en matière de chômage et se rapproche de la barre des 7%.

La grande oubliée : la politique industrielle

S’ouvre alors, pour être lapidaire, une période de douce insouciance jusqu’en 2008. La France ne voit pas que son redressement extérieur a moins tenu à la rigueur des années du franc fort qu’à l’effet de la réunification qui a boosté ses débouchés au début des années 90, puis aux effets de la bulle de crédit qui partout à travers le monde a survitaminé ses débouchés. Et la stratégie du franc fort s’avère être a postériori une stratégie d’un franc surévalué dont elle paye le prix encore aujourd’hui. Une parité surévaluée au regard de son socle industriel laminé par des années d’orthodoxie mal dosée. Et une compétitivité coût sapée par une politique de flexicurité dont le coût a été mésestimé.

Bref, de ce que proposent les différents candidats, tout a déjà été essayé pourrait-on dire. Et la grande oubliée durant toutes ces années a été la politique industrielle. Un oubli qui demeure. Aucun ne détenant la clé pour créer un socle productif à la hauteur de la parité à laquelle la France s’est arrimée à l’euro en 1998.

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