Pourquoi une telle déroute de la social démocratie ?

Le séisme politique de l’élection présidentielle française risque bien de marquer l’implosion du parti socialiste. Un PS qui comme dans beaucoup d’autres pays traverse une crise d’ampleur inédite, ne parvenant plus à faire la grande synthèse entre le centre droit et la gauche.

La grande synthèse de l’économie sociale-libérale a du plomb dans l’aile

Comme le parti travailliste britannique, qui sous le leadership contesté de Jeremy Corbyn a tourné le dos au blairisme, comme le SPD allemand, laminé électoralement et qui ne reprend du poil de la bête que sous la houlette d’un Schulz qui le repositionne sur sa gauche. Tout cela fait encore écho à la défaite historique du parti social-démocrate finlandais, qui a vu la présidence lui échapper pour la première fois depuis 30 ans en 2012 ; ou encore au débordement du parti socialiste espagnol sur sa gauche, par Podemos ; à la quasi disparition du Pasok en Grèce, balayé par Syriza. Idem plus récemment en Autriche, et aux Pays-Bas, où les sociaux-démocrates ont été mis hors-jeu. Sans parler des déboires de Renzi en Italie… La liste est longue encore.

La grande synthèse de l’économie sociale de marché, qui devait fédérer les pays européens, a du plomb dans l’aile. Pourquoi la grande contestation de la mondialisation qui monte dans tous les pays ébranle-t-elle davantage la gauche de gouvernement que les partis qui s’étaient faits les champions de l’ultra-libéralisme et de l’orthodoxie financière ?

Il y a d’abord quelques grandes raisons de fond, communes à tous ces partis à travers l’Europe.

Un espace politique réduit comme peau de chagrin

D’abord, l’impact de l’effondrement des régimes communistes. La social-démocratie perd alors son aura de contre-feu idéologique, d’alternative sociale et régulée crédible face aux pays du bloc de l’Est. L’ère de la mondialisation néo-libérale qui s’ouvre a pour pendant tout le discours sur l’archaïsme de la gauche, tout à coup ringardisée comme appartenant aux reliques de l’histoire.

Face à cela, la social-démocratie se repositionne. Ce faisant elle bascule de la stratégie offensive à la stratégie défensive ou adaptative. Cherchant à intégrer le choc néolibéral tout en préservant a minima les acquis sociaux. L’espace politique de la gauche gouvernementale n’est plus alors que celui de la correction des failles du « grand vilain marché » : c’est le libéralisme plus une dose allégée de redistribution et de sécurisation des parcours + le principe de précaution en matière d’environnement, de risque bancaire ou de gestion des déficits. C’est en somme la guerre économique, mais avec plus de contraintes pour les agents privés.

L’ère de la mondialisation néolibérale, soi-disant dérèglementée, finit paradoxalement par accoucher d’économies ultra-judiciarisées, ultra-codées, ultra-assurées, faisant peu à peu l’objet de toutes les détestations.

Impuissants face au délitement des classes moyennes

Il y a ensuite le positionnement pro-européen des partis sociaux-démocrates, coincés par des règles qu’ils ont eux-mêmes contribué à édicter. Des règles qui empêchent ces partis de réaliser des projets de transformation sociale. Et ce statu quo européen, qui refuse la sortie de l’euro d’un côté et bute sur l’impossibilité politique du saut fédéral, les condamne à l’impuissance.

Avec la crise, c’est finalement la crédibilité des partis sociaux-démocrates qui est la plus atteinte. Leur incapacité à corriger de façon incrémentale les failles du système apparaît de façon patente.

La crise accélère aussi le délitement de leur socle électoral. Pour une classe moyenne de plus en plus déclassée, qui se range dans les perdants de la grande synthèse social-libérale, les logiciels ultra-libéral pur, ou à l’inverse anti-mondialisation, sont finalement plus audibles que celui de la réparation sociale.

Face au délitement de leur électorat, les avancées sociétales que proposent les partis sociaux-démocrates sont-elles mêmes suspectées d’être les cache-misère de leur impuissance économique et sociale, destinées à flatter une poignée de citadins de grandes métropoles, seuls gagnants de la mondialisation.

L’impréparation idéologique de la gauche française

Mais il faut aussi parler de l’impréparation idéologique de la gauche française. Face à la crise de 2008 et à la remise en cause profonde du système qu’elle provoque, quel a été le travail programmatique du parti socialiste ? On est loin de tout le travail qui avait précédé l’élection de 1981. Qu’on le veuille ou non, toute la réflexion sur les nationalisations, sur le renforcement des filières, avait servi de socle à l’action. Avec une véritable implication des corps intermédiaires.

Au lieu de cela que voit-on ? L’entre soi de l’expertise en petit comité qui tient lieu de mode d’élaboration de la pensée. Hors sol, hors concertation. Et c’est ainsi que la gauche de gouvernement égraine des catalogues de réformes, adoubées par le monde académique. Mais cela ne procure ni vision, ni vrai programme.

Et c’est de la sorte que la social-démocratie est devenue emblématique de la défaite du politique face à la technostructure et à l’économisme tout puissant.

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