La chute des dépenses de défense nationale en un graphique

Avec un budget de près de 43 milliards d’euros consacrés à sa défense nationale au sens large (c’est-à-dire en intégrant les pensions), la France est une puissance militaire moyenne, très loin derrière les Etats-Unis. La force de frappe financière de ces derniers est de 546 milliards d’euros, soit près de 13 fois plus. La Chine, en troisième position, y consacre 131 milliards. Un cran en dessous se trouvent la Russie et l’Arabie Saoudite (plus de 50 milliards), suivies dans l’ordre du Royaume-Uni, de l’Inde et du Japon, pays avec qui la France fait jeu égal ou presque.

Si la France tient son rang en Europe, elle le perd au niveau mondial.

Années 80 : guerre froide et dépenses en hausses

La décennie 80 a pourtant été marquée par une hausse rapide des dépenses de défense stricto-sensu : +17% en euros constants. Nous sommes alors en pleine guerre froide avec comme point d’orgue la crise des euromissiles qui prend fin en décembre 1987. Des programmes majeurs sont lancés et la force de frappe nucléaire est à son pic avec 500 ogives. Cette période est également émaillée d’interventions extérieures en Afrique, avec notamment l’opération « Manta » au Tchad et l’envoi de 4.000 soldats en appui du régime d’Hissène Habré, à laquelle succèdera le dispositif « Epervier ».

Seule anicroche dans cette tendance haussière, la brève rupture entre 1983 et 1985. Cela peut paraître anecdotique, mais c’est un signal fort. Avec le tournant de la rigueur, le budget de la défense devient clairement une variable d’ajustement.

Années 90 : arrêt du service militaire, chute du Mur, rigueur budgétaire font s’effondrer les budgets

Avec la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 puis la dislocation de l’URSS, s’ouvre une deuxième phase, celle dite des « dividendes de la paix » pour citer Laurent Fabius. A cela s’ajoute la mise en coupe généralisée de toutes les dépenses publiques à la suite des accords de Maastricht, dans la ligne droite des politiques de rigueur qui mènent à l’euro.
La première guerre du Golfe au début des années 90 n’y changera rien, ni les multiples interventions en Afrique (Rwanda, Congo Brazzaville…). De ce point de vue, le graphique est limpide, les dépenses militaires s’effondrent de 23% et touchent un point bas quasiment au moment où la France refuse de suivre les Etats-Unis et leur coalition dans leur guerre contre l’Irak. Cette période est aussi celle d’une rupture historique avec l’arrêt de la conscription en 1997 sous l’ère Chirac et le passage à une armée de métier.

Années 2000 : réinvestissement, multiplication des OPEX et modernisation

Après 2002 s’ouvre une troisième phase, celle du réinvestissement dans la défense qui va courir jusqu’en 2009-2010, avec à la clé une nouvelle hausse de 17% des dépenses militaires. Trois facteurs vont jouer de concert. Il y a d’abord le contexte économique. Avec le retour de la croissance, l’Etat dispose davantage de marges de manœuvres. C’est ensuite une transformation en profondeur des besoins de l’armée : moins d’hommes, mais bien mieux équipés. Les livraisons de Rafale décollent, près de 150 à ce jour depuis sa mise en service en 2001. Enfin, les interventions extérieures (OPEX) se multiplient avec un surcoût ex-ante important.

C’est d’ailleurs une tendance lourde, toujours d’actualité : la barre des 2 milliards d’euros est ainsi quasiment atteinte à deux reprises : la première en 2011 avec entre autres les opérations « Harmattan » en Libye et « Licorne » en Côte d’Ivoire, puis en 2013 avec les opérations « Serval » au Mali et « Sangaris » en République Centrafricaine. La France reste le gendarme de l’Afrique.

Années 2010 : sous-investissement, à 1,4% du PIB

Mais avec la récession, la tendance s’inverse à nouveau. Pressé de réaliser des économies après l’explosion de son déficit et de son endettement, le gouvernement taille dans son budget défense et les dépenses dégringolent de 9% : une fois encore et plus que jamais, la défense sert de variable d’ajustement. Ne nous leurrons pas, au gré des réformes successives et des chocs économiques, les dépenses de défense n’ont pas été « sanctuarisées », bien au contraire. La somme consacrée en 2016 en valeur réelle est inférieure à celle de 1980 et, compte tenu des évolutions du PIB, l’effort est passé de 2,7% du PIB à 1,4%.

C’est non seulement insuffisant face à la montée des périls mais également très dommageable pour l’ensemble de l’économie quand on connait le rôle d’entrainement des industries militaires, notamment de la R&D dont les implications civiles ne sont plus à démontrer. Le gouvernement allemand l’a bien compris et s’est engagé, lui, dans une ambitieuse montée en puissance de ses dépenses militaires.

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