La rechute du prix du pétrole : ce n’est pas fini

Bonne nouvelle : le plein d’essence coûtera moins cher à la fin de l’année. Pourtant, la partition semblait perdue d’avance. Après les accords surprises d’Alger et de Vienne, l’OPEP s’était en effet engagée à retirer du marché 1,2 million de barils par jour pendant six mois à partir du 1er janvier 2017. Elle avait même obtenu la promesse de plusieurs pays non-membres de l’OPEP, dont la Russie, de lui emboîter le pas pour réduire leur production de 560.000 barils jour sur la même période, soit un total d’environ 1,8 million de barils en moins.

La diminution des quotas n’a pas été respectée

1,8 million de barils, c’est a priori suffisant pour éponger les excédents de production accumulés depuis 2015. La réaction des marchés a été quasi-immédiate. Les cours se sont envolés une première fois après le 28 septembre et l’accord d’Alger, puis une seconde fois après le 30 novembre et l’accord de Vienne qui finalisait l’entente en répartissant les quotas de production par pays. Le Brent cassait alors rapidement le plafond des 50 dollars et le chemin semblait tout tracé pour accrocher les 60 dollars d’ici la fin de l’année. Et là, patatras, le prix du pétrole s’est retourné violement pour retomber à 50 dollars le baril.

Que s’est-il passé ? D’abord, la publication des premiers chiffres sur le respect des quotas a révélé qu’une fois encore, certains ont joué les passagers clandestins, comme la Russie qui a réduit sa production de seulement 100.000 barils par jour contre un engagement de 300.000. Mais l’indiscipline règne aussi dans les rangs de l’OPEP. Bilan, la réduction a été de 1,3 million de barils jour, et à ce petit jeu, ceux qui respectent leurs quotas sont perdants.

Alors pourquoi continuer ? Cette interrogation est largement partagée par les investisseurs, ce qui a calmé leurs ardeurs.

Les Etats-Unis ont ouvert les vannes

Enfin, il manquait un élément central dans l’équation du rééquilibrage du marché pétrolier : les Etats-Unis. Or, c’est (avec le Canada) là-bas que tout se joue, comme le montre parfaitement l’évolution de la production de pétrole américaine, en hausse de 700.000 barils jour depuis les accords de Vienne. Bilan, l’offre aura au mieux été réduite d’environ 600.000 barils jour depuis le début de l’année. C’est insuffisant pour rééquilibrer le marché qui croule sous les stocks des pays avancés.

Bien entendu, l’OPEP se dit prête à proroger l’accord de réduction mais cet accord s’est déjà effiloché. Surtout, les vannes de la production sont grandes ouvertes aux Etats-Unis. A la manœuvre, l’administration Trump, totalement favorable à l’exploitation des pétroles et gaz de schiste. L’industrie pétrolière a donc carte blanche pour multiplier les forages et produire plus, indépendamment des questions environnementales. Exxon Mobil a ainsi annoncé avoir acquis des permis d’exploitation pour 6,6 milliards de dollars et les exemples se multiplient. Une industrie pétrolière de plus en plus performante qui est parvenue en à peine trois ans à considérablement réduire ses prix de production. Des sept grandes régions des Etats-Unis, certains gisements y sont parmi les moins coûteux à exploiter de la planète, à 35/40 dollars par baril. Les Etats-Unis s’installent comme un producteur majeur dans le nouveau paysage énergétique, capable de peser sur le niveau des cours.

C’est une sacrée bonne nouvelle pour l’automobiliste français qui va voir au fil de l’année les prix à la pompe refluer. En bout de course, avec des cours qui reviendraient entre 40 et 45 dollars le baril, l’économie moyenne sur un plein de 50 litres se chiffre à 7 euros, un petit plus appréciable dans un contexte de faibles revalorisations salariales.

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