Chômage : stop au remède électoral miracle, soyons pragmatiques !

Chaque campagne électorale produit son lot de recettes miracles contre le chômage. La relance keynésienne survit étonnamment à ses échecs récurrents. Elle ressurgit à chaque campagne. La baisse de la durée du travail, sur fond de disparition annoncée du travail, est aussi en bonne place à gauche. L’idée survit à 15 ans de pilonnage et de diabolisation par la droite qui en a fait, de façon tout aussi obsessionnelle, la source de tous nos maux.

Et du côté de l’offre, l’idée que tout relève du contrat de travail, que le meilleur des mondes serait celui du contrat unique, continue à fédérer au-delà des partis de droite. Sans parler de la baisse des charges, de la sortie de l’euro ou du verrouillage de nos frontières. A chaque fois, nos politiques resservent le remède miracle, même s’il a déjà été essayé.

La France a déjà su faire : il y a 10 ans le taux de chômage était à 7,2%

D’abord peut-être faudrait-il s’ôter de la tête que la France est en échec absolu sur le front du chômage depuis 40 ans. Et qu’elle constituerait une exception en la matière dans le monde développé. L’histoire n’est pas aussi linéaire qu’on se la représente généralement. Notamment durant la décennie 1997-2008. Sur cette période, le taux de chômage français, qui avait culminé à 10,7 % en 1997, va atteindre un point bas à 7,2% au premier trimestre 2008, et même à 6,8% si l’on s’en tient à la France métropolitaine. Et l’on pouvait alors avoir le sentiment que les choses étaient peu ou prou en train de se normaliser. Sur cette période, l’anomalie française est bien moins flagrante. Le taux de chômage hexagonal est dans la moyenne européenne, dont il ne s’est d’ailleurs jamais vraiment éloigné, avec ou sans l’euro. Il est au même niveau que celui de l’Allemagne et ne surplombe que d’un point la moyenne de l’OCDE.

Derrière cela, un flux de croissance, bien sûr, mais surtout une politique qui fait feu de tout bois : baisse de la durée du travail, baisse des charges, emplois aidés, prime pour l’emploi notamment.

L’exemple allemand montre que les solutions ne sont pas forcément orthodoxes

La crise a douché ces espoirs, ramenant le taux de chômage à ses pics de 1997. Ce dernier reste dans la moyenne de la zone euro. Mais l’écart avec la moyenne de l’OCDE voisine aujourd’hui les 4 points, proche de ses sommets de 1997, et surtout, celui avec l’Allemagne approche les 6 points. 6 points alors même le taux de chômage allemand surplombait celui de la France de 2 points en 2005.

Comment est-on passé de -2 à +6 ? Si l’on regarde le volume d’heures de travail créées par l’économie allemande depuis 1995, il a augmenté de 6,8% en cumulé. L’emploi, lui, de près de 11%. Il y a donc eu partage, et même fragmentation des temps. En l’occurrence le poids du temps partiel et passé de 22 à 28% sur la période. Et si l’on regarde où les Allemands créent les emplois que ne crée pas la France, il ne s’agit pas des métiers les plus qualifiés, ni de ceux réputés les plus productifs. Le gros de l’écart se fait sur les métiers de type administratif (privés ou publics), bien loin de l’image d’une Allemagne exportatrice en quête d’efficacité et à l’industrie triomphante.

Là encore, lorsque l’on scrute le cas allemand, depuis Schröder on constate que le pays a fait feu de tout bois. Mobilisant les réformes structurelles, mais aussi les bonnes vieilles ficelles du chômage partiel, du temps partiel, des mini-jobs, etc. Une volonté d’éradiquer le chômage qui s’émancipe des dogmes et des théories.

Place à la multi-thérapie et au pragmatisme

A l’heure où le travail vit le grand chambardement du numérique, où le salariat se fissure, où la robotisation promet de nouvelles vagues de déstabilisation, où l’on se sait plus qui de l’industrie ou des services est l’élément moteur de l’économie, où le contenu des métiers est amené à se réinventer, gardons-nous des solutions miracles. Du mythe de la simplicité dans un monde complexe. Laissons place à l’expérimentation. Aux initiatives locales. A la multi-thérapie. Et si la France rejoint un jour le camp du plein emploi, ce sera surement comme pour les autres membres du club, pour des raisons peu avouables, non labellisées par les économistes, mais pragmatiques.

 

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