Noir c’est noir ! Les candidats en négligent nos points forts

D’un candidat à l’autre, deux postures. Ceux qui bâtissent leurs programmes avec un rétroviseur. Qui forcent le trait de notre déclin, de notre incurie financière à l’instar de Fillon, de notre débâcle sociale à l’instar de Mélenchon, ou sécuritaire à l’instar de Le Pen. Et ceux qui construisent leur programme sur une projection du futur, vert, collaboratif, circulaire, danois, que sais-je. A l’instar de Hamon ou Macron.

Mais entre le passé et le futur, il y a le présent. Un présent implicitement déprécié, comme si la France, 5 ou 6ème puissance mondiale, ne disposait pas d’atouts. Peut-être serait-il bon alors de revenir sur ce que nous sommes, et sur les éléments de robustesse du modèle français. Car tout n’est pas à jeter, et c’est peut-être aussi pour cela que le modèle français ne se laisse pas si aisément réformer.

Un système qui prélève beaucoup, mais qui protège et résiste

Alors certes, ce système coûte cher. Il prélève beaucoup. Mais d’abord parce que l’Etat propose une palette assurantielle particulièrement large et traçable. Sa gestion laisse certes à désirer à court terme, mais sans jamais s’égarer dans le territoire de la non-soutenabilité financière. Et si l’on prend notamment les risques majeurs que sont la retraite, la santé et la dépendance, il faut constater que la France a réussi paramétrer son système, de sorte à l’équilibrer à long terme mieux que la plupart des grandes économies. Noter aussi qu’elle a réussi à préserver la logique assurantielle en matière de chômage, qui permet aujourd’hui à un ouvrier comme à un cadre de protéger son patrimoine en cas d’aléa. Et enfin, qu’avec son puzzle de minima, elle dispose déjà d’une ébauche de revenu universel.

Ce système résiste peut-être aussi parce que la France possède déjà peu ou prou un modèle de flexi-sécurité vers lequel prétendent l’acheminer certains candidats. La relation de travail est moins verrouillée qu’on ne le dit. Et les parcours sont sécurisés quoiqu’on dise aussi. La mue n’est certes pas achevée. Mais, lorsqu’Emmanuel Macron prétend fiscaliser la protection sociale, il ne faut pas oublier que la CSG et la TVA sont déjà largement affectées au financement de nos régimes sociaux.

La dette, certes, mais non toxique

Les déficits publics et la dette focalisent notre attention. A juste titre. Mais signalons quand même que l’économie française, en dépit de son mauvais affichage financier, est moins minée que d’autres par des dettes latentes. Ces dettes disséminées dans la sphère privée, et notamment les banques, dont la charge incombe in fine à la collectivité et au contribuable lorsque le système fait défaut, à l’instar des créances douteuses espagnoles et italiennes.
Or c’est un point que l’on ne mentionne pas suffisamment. Les banques françaises ont démontré leur robustesse dans la crise. Elles demeurent parmi les plus rentables et sans-doute parmi les moins gangrenées de produits toxiques.

Nos grands groupes sont un réel atout

Il y a ensuite l’atout de nos grands groupes. Qui ne sont pas que des machines à fragiliser le territoire. C’est autour d’eux que s’ancrent en France les meilleures compétences stratégiques, les plus qualifiées et les plus stables et que se structurent nos grandes métropoles. C’est par leurs implantations que ces derniers captent la demande et le savoir-faire mondial. Alors oui, nos parts de marché à l’exportation régressent. Mais cela est le fait de tous les pays qui ont opté pour cette forme de capitalisme, le Royaume-Uni et les Etats-Unis notamment. Ces groupes de cessent en fait de capter via leurs implantations toujours plus de marchés mondiaux et de générer des profits qui compensent largement nos pertes commerciales.

Il est vrai que pour des raisons fiscales les grandes entreprises tendent à sous-facturer leurs flux de vente intra-groupe et à surfacturer leurs achats, ce qui leur permet de loger leurs profits sous des cieux fiscaux plus cléments. Tout cela contribue à creuser le déficit de notre balance commerciale. Mais il y a là un artefact. Et il serait bon de regarder la part de dette internationale que la France accumule au bout du compte sur des filiales françaises, autrement dit sur elle-même.

La France se désindustrialise mais se repositionne

Enfin, au-delà de la désindustrialisation française, il est grand temps de prendre la mesure de notre repositionnement dans les services B-t-B haut de gamme. C’est vers cette hyper-industrie servicielle que se déplace la valeur aujourd’hui. Et c’est par elle que la France s’insère dans les chaines de valeur mondiales.

A force de noircir le tableau ou de promettre des lendemains qui chantent, sans prendre appui sur nos bases, plus solides qu’on ne le dit, c’est d’abord de la suspicion et de l’incrédulité que génèrent les candidats.

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