Chômage, emploi et salaire des jeunes

François Hollande en avait fait un objectif phare de son mandat. Il voulait être jugé sur le chômage, mais plus précisément sur la situation des jeunes. La crise a prolongé ses effets jusqu’à la fin de son mandat, et le tsunami numérique est venu entre temps bouleverser notre vision sur l’avenir du travail, augurant pour certain la fin du travail. A l’opposé, le flux important de départs à la retraite des baby-boomers, et le besoin des entreprises de régénérer leurs ressources humaines, a pu jouer favorablement pour la génération Z, celle qui est tombée dans le chaudron numérique dès la naissance.

Dans ce contexte, que signifie aujourd’hui la situation des jeunes sur les mutations du marché du travail ? Cette catégorie, hyper-sensible aux changements à la marge, nous dit-elle que nous entrons dans l’aire de l’instabilité et de l’emploi rare et dégradé ?

Le chômage des moins de 25 ans recule, mais leur taux d’emploi baisse

On sait en général qu’en position d’outsiders, les jeunes paient au prix fort les récessions. Regardons d’abord les statistiques de Pôle Emploi. Premier fait saillant, le nombre de chômeurs de moins de 25 ans a légèrement reculé par rapport à l’entrée en fonction de François Hollande, de près de 5%, et à l’opposé de toutes les autres catégories d’âge, notamment des plus de 50 ans. De ce point de vue, les dispositifs ciblés sur les plus jeunes, notamment en termes d’emploi aidé, ont bien porté leurs fruits.

On aurait tort cependant de s’arrêter à ce constat, sur une frange d’âge majoritairement en étude et où seule 36 % de la population recherche activement un emploi.

Les données de l’enquête emploi de l’INSEE dressent un bilan moins reluisant. Le taux d’emploi, c’est-à-dire l’emploi rapporté à la population en âge de travailler, indique une dégradation pour les 15-24 ans. Et un décrochage plus marqué encore pour les 25 -29 ans, tranche d’âge où les jeunes affrontent réellement le marché du travail, leur diplôme en poche. Ce qui suggère que la diminution du nombre de chômeurs inscrits de tient pas qu’à des facteurs économiques, et que l’insertion en sortie d’étude s’est bel et bien compliquée avec la crise, et ne s’améliore que depuis un peu plus d’un an.

Les enquêtes « Génération » du CEREQ, qui suivent la trajectoire en sortie d’études, confirment cela. La difficulté d’accès au marché s’est accrue. Ces données, qui datent un peu, nous informent sur la trajectoire de ceux qui sont sortis au pire moment de la crise, en 2010. Trois ans après leur sortie du système éducatif, ils étaient 69 % à être en emploi. En retrait de 8 points par rapport à la génération 2004…. Un point bas depuis le début de l’enquête.

Le diplôme, sésame pour l’emploi et les salaires

Le diplôme continue, comme par le passé, à protéger des aléas. Le fossé s’est creusé avec la crise entre les plus éduqués et les moins éduqués, puisque le taux d’emploi s’est dégradé de 16 points pour les non diplômés et seulement de 3 points pour les diplômés d’un cycle long du supérieur.

Mais la dégradation demeure au fond assez mesurée pour le plus grand nombre, puisque 62 % avaient accédé en moins de trois mois à l’emploi, en dépit de la gravité de la crise. Le ratio s’étant même amélioré pour les plus diplômés, par rapport à la génération 2004.

On n’assiste pas non plus à une dégradation manifeste des conditions d’embauche, sauf pour le non diplômés. Le salaire à l’embauche a certes progressé au ralenti, mais il a continué à augmenter entre la génération 2004 et 2009, ce qui était loin d’être acquis, pour tous ceux qui détiennent un diplôme du supérieur, court ou long. Il s’est en revanche déprécié pour les autres.

Les deux-tiers des embauches en CDI pour les jeunes

La nature des contrats, conformément à ce que l’on observe en moyenne nationale, ne marque pas non plus d’explosion des contrats dits atypiques. La part des CDI reste prédominante, représentant les deux tiers des embauches.

Seul fait notable, la part de l’emploi indépendant augmente avec la montée en puissance du régime des autoentrepreneurs. Mais il faut raison garder, le salariat n’est pas en voie d’extinction, même parmi les plus jeunes. A noter cependant que, si au moment de sa création en 2009, l’âge moyen d’un autoentrepreneur était de 51 ans, cinq ans plus tard il est passé à 38 ans. Les moins de 30 ans et les plus de 60 ans sont les plus représentés parmi les nouveaux autoentrepreneurs, cette forme de travail devenant un sas d’entrée dans la vie active.

Au fond, ce qui frappe, c’est plutôt la relative stabilité des choses. Même sur cette zone du marché du travail, l’inertie reste de mise. La crise marque sa trace. La dualité entre diplômés et non diplômés est manifeste. Mais la grande mutation, ou le grand délitement ne sont pas au rendez-vous.

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