Retraites : ce que proposent les candidats

Même s’il peut sembler avoir mené moins loin les réformes que d’autres pays, le système des retraites français est un de ceux qui s’équilibre le mieux à long terme. L’âge de départ à la retraite, légal et effectif, est certes plus faible que chez la plupart de nos voisins. Mais l’augmentation programmée du nombre d’années de cotisation combinée à des règles d’indexation des retraites rigoureuses, assurent a priori un quasi équilibre financier à long terme.

Notre système s’en sort bien, mais à moyen terme une phase critique s’annonce

Au final la France s’en sort plutôt bien financièrement pour trois raisons essentielles : 1/ Le taux de dépendance se dégrade bien moins qu’ailleurs, grâce à la natalité. 2/ Le pouvoir d’achat des retraites évolue moins vite que celui des actifs. 3/ Les sources de financement s’élargissent graduellement à l’impôt et à la CSG.

Cependant nos modalités d’ajustement ne résolvent pas tout. On sait qu’elles risquent de faire ressurgir à terme un problème de pauvreté des retraités, ou de certains retraités, qui jusqu’ici a été particulièrement bien contenu, puisque la France est championne de l’OCDE en la matière avec un taux de pauvreté minimal. On sait aussi que, si le système s’équilibre à long terme, il passe à moyen terme par des phases critiques, compte tenu du choix français d’un ajustement graduel. Notamment si la croissance n’est pas au rendez-vous.

Face à ces problèmes de solvabilité et d’équité que proposent les candidats ?

Fillon : rééquilibrer les finances, au détriment de l’équité

Seul François Fillon s’érige en candidat du stress financier. Il relaie l’idée admise, mais non nécessairement avérée, qu’en la matière la France va dans le décor. Il est fidèle ici à l’idée maîtresse de son programme, à savoir que la France court à la faillite : retraite à 65 ans, éradication des régimes spéciaux, du compte pénibilité, et ajout d’un étage par capitalisation comme en Allemagne.

Tout va dans le sens d’une meilleure solvabilité du système. Il a rééquilibré plus récemment son projet en proposant une revalorisation des plus petites retraites. L’effort demandé traite donc en partie le problème du risque de montée de la pauvreté. Mais l’équité est clairement placée au second plan. Peu importe pour lui, notamment, l’espérance de vie très inégale des différentes catégories de travailleurs retraités.

Le Pen et Mélenchon : retour à la retraite à 60 ans

A l’autre bout du spectre, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. L’enjeu de solvabilité du système est chez eux totalement évacué. Ou disons que les deux candidats sont prêts à mobiliser des prélèvements supplémentaires pour renforcer l’équité du système, et annuler les ajustements les plus récents. L’un comme l’autre placent le retour à 60 ans de l’âge légal de départ à la retraite et le retour à 40 ans du nombre d’années de cotisations au cœur de leur programme.

Chacun prône, avec quelques variantes, une meilleure prise en compte de la pénibilité et des carrières précoces. Et appelle à une revalorisation de la composante des retraites qui relève du régime de solidarité. Ce à quoi Jean-Luc Mélenchon ajoute une retraite pleine calée sur le SMIC, et à défaut supérieure au seuil de pauvreté. Chez ces deux candidats, les revenus du capital seront largement mis à contribution pour financer ces réformes.

Hamon : le candidat du statu quo

Entre ces deux situations polaires, Benoît Hamon est plutôt le candidat du statu quo. Il maintient les paramètres du système en l’état, et ajoute un zest d’équité par la prise en compte de la pénibilité dans le calcul des cotisations et une augmentation du minimum vieillesse, dont l’ampleur n’est pas précisée. Il y ajoute la prise en compte du temps consacré aux engagements associatifs dans la durée de cotisation.

Macron : un nouveau régime à points qui pénalise les plus avantagés

Reste enfin Emmanuel Macron… plus inclassable. Car c’est le seul à sortir du paramétrage du système tel qu’il existe aujourd’hui. Sur le papier cela ressemble à un statu quo. Il s’en tient aux réformes de 2010 et 2013. Mais il propose un régime à points, qui revient à gommer l’hétérogénéité des régimes et à modifier les règles d’indexation, la valeur du point étant fixée de sorte à assurer un équilibre automatique.

Qui seront les perdants de ce nouveau régime ? Ceux qui bénéficient de régimes spéciaux avantageux. Les fonctionnaires notamment. Quant au pouvoir d’achat des retraites, difficile à dire si le régime par points est moins favorable que le système actuel. Pas nécessairement, puisque un régime à points comporte un intéressement à la croissance et à la productivité, qui si elles sont là, peut s’avérer plus avantageux que le système actuel, qui n’en comporte quasiment pas.

Bref, cette campagne nous dit une chose. Le psychodrame français des retraites n’est pas près de se refermer. En décalage, comme souvent en France, avec une réalité moins alarmante qu’on ne le dit.

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