Quel candidat a une vraie stratégie pour l’industrie ?

La politique industrielle est, à ce stade de la campagne, la grande absente de la présidentielle. Non pas que tous les programmes évacueraient les dispositifs en faveur de l’offre, ou ce que l’on appelle plus largement les politiques horizontales, celles qui créent un environnement favorable au business.

Fillon et Macron ont une politique de l’offre, pas une politique industrielle

Si l’on s’en tient à cette conception généraliste de la politique industrielle, visant à modérer les coûts des entreprises via la fiscalité, la politique salariale, la déréglementation, la décentralisation des négociations et le soutien fiscal aux produits d’épargne dédiés aux entreprises, François Fillon apparaît clairement comme le champion toutes catégories de ce type de politique. Il va même jusqu’à aborder l’épineuse question du relèvement des seuils sociaux. Et sur ce registre po-business, Macron fait figure de challenger.

Plus largement, les programmes de tous les candidats abordent les enjeux de formation, d’enseignement supérieur, à l’instar du milliard d’euros par an proposé par Hamon en faveur de la recherche et de l’enseignement supérieur. Et il est à parier que chacun aura son chapitre sur les start-up et l’entrepreneuriat innovant.

Quels avantages comparatifs redonner à l’industrie française ? Le grand flou.

Mais ces politiques horizontales ne nous disent rien de la projection du futur dont les candidats sont porteurs. Font-ils de la ré-industrialisation et de la relocalisation une priorité ? Comment et sur quel type de positionnement entendent-ils recréer un avantage pour la France face à la toute-puissance industrielle allemande ? Veulent-ils accompagner, freiner, encadrer l’ubérisation du système productif ? Quels avantages comparatifs entendent-ils renforcer ou bâtir pour demain ? A ce stade, c’est le grand silence, ou disons plutôt le grand flou. Et alors que les politiques verticales, ciblant des secteurs stratégiques bien désignés, semblaient être réhabilitées avec la crise, comme l’indique l’émergence d’acteurs comme le commissariat général à l’investissement ou la Banque publique d’investissement, la campagne n’apporte que peu d’éléments en la matière.

Seule la politique énergétique est détaillée

C’est certainement dans le domaine de l’énergie que les choses sont le plus explicites. Sur l’enjeu du nucléaire par exemple, avec une graduation qui part de Fillon, prêt à maintenir les capacités a minima existantes, en passant par Macron, désirant maintenir la filière comme pôle d’excellence, et allant decrescendo jusqu’à Hamon et Mélenchon, désireux de s’engager dans un programme de réduction des capacités. On retrouve peu ou prou une graduation inverse concernant la promotion des énergies propres et du mix énergétique.
Rien de concret sur le futur de l’industrie

Pour le reste c’est l’ellipse. Les problématiques de R&D, de financement de l’innovation sont à ce stade à peine abordées. Emmanuel Macron promet la création d’un « fonds pour l’industrie et l’innovation » de 10 milliards d’euros pour financer « l’industrie du futur ». Ce fonds s’ajoute aux 50 milliards d’investissement déjà promis sur la durée du quinquennat, pour favoriser la montée en gamme et la transition écologique et énergétique. Tout cela abondé par la cession par l’Etat de parts d’entreprises.

Mais le financement des industries du « futur » est un beau concept-valise, comme sait si bien les mobiliser le candidat… qui évite de dire ce que l’on met véritablement dedans. Marine Le-Pen fait bien état de son côté de sa volonté de mettre en place un grand plan de ré-industrialisation associant l’industrie et l’État stratège, mais là encore on en reste au stade du slogan.

La France a besoin d’un programme pour intégrer l’industrie aux services

Or comme le rappelle Pierre Veltz, tout l’enjeu de l’industrie pour demain, c’est celui de son intégration réussie aux services, pour qu’elle adosse son offre à des solutions, à des usages toujours plus complexes et performants. Cette capacité d’une économie à intégrer une nouvelle constellation d’acteurs et de technologies est un enjeu décisif. Une part accrue du process productif est certes en voie d’automatisation. Si l’on ne veut pas que ce mouvement lamine l’emploi, il faut penser les écosystèmes du futur, et le positionnement les acteurs privés et publics au sein de ces nouveaux écosystèmes. Quelles infrastructures, quelles compétences l’Etat entend-il développer pour faciliter le développement des nouveaux usages sur le territoire ?

Le politique a son mot à dire sur ce que sera la mobilité, la conception de la ville, la gestion de la dépendance, de la santé, etc., demain… C’est de cela dont doit s’emparer le politique aujourd’hui, s’il veut donner du contenu à la politique industrielle. Et sortir des slogans désincarnés et atemporels en faveur de la modernité. Sur ce registre, tous les candidats restent encore attendus.

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