Bilan post-euro : l’industrie allemande vainqueur par K.O

Au moment de l’introduction de l’euro en 1999, la production industrielle vient juste de subir une longue cure d’austérité et le contrecoup de la crise des émergents avec à la clé une chute de la production de 3% au second semestre 1998. Mais très vite s’enclenche une nouvelle dynamique alimentée par la formidable accélération du commerce mondial, sans oublier le décrochage de l’euro qui tombe à 0,86 dollar en octobre 2000. Puis c’est l’éclatement de la bulle internet en 2001. Les demandes intérieures s’enrayent : la production plonge de 6% en un an puis stagne jusqu’en 2004.

2005-2008 : c’est l’Allemagne qui tire la croissance de la production industrielle

Mais, en arrière-plan, deux transformations majeures sont déjà à l’œuvre. Dans le Sud de la zone euro mais aussi en France et au Royaume-Uni, on a choisi de stimuler la consommation et l’immobilier. En France, c’est aussi le choc des délocalisations. La stratégie allemande est aux antipodes, donnant la priorité aux réformes structurelles, à la sous-traitance dans les régions à faible coût, jouant tout à la fois compétitivité-prix, sa montée en gamme et sa position géographique centrale au sein d’une Union monétaire qui lui donne un avantage comparatif par rapport à ses plus immédiats concurrents européens. Alors certes, on assiste à une formidable accélération de la production industrielle européenne de 2005 à 2008. Mais en vérité, il s’agit pour l’essentiel de la montée en puissance de l’Allemagne qui gagne des parts de marché sur ses partenaires tout en réalisant l’intégration productive de l’est-européen.

Après la crise de 2008 : c’est l’Allemagne qui bénéficie de la reprise

La crise de 2008 va d’ailleurs jouer le rôle de révélateur. L’effondrement de la demande internationale frappe dans un premier temps tous les pays de la zone euro et la production industrielle s’effondre de 22% en 15 mois. Mais si tout le monde remonte du 1er trimestre 2009 jusqu’au début 2011, seule l’Allemagne parvient à rétablir son niveau de production d’avant crise. Pour la France, et plus encore en Italie et en Espagne, c’est la rechute, avec un marché domestique enfoncé par les cures d’austérité. Derrière le dogme de la compétitivité, on a oublié un peu vite que l’essentiel de la production est destinée au marché intérieur.

Le rebond est certes indubitable depuis 2013 mais si les industriels du Sud redeviennent compétitifs, c’est à grand coup de déflation salariale, dans une stratégie d’export au détriment de leur demande intérieure. Mais c’est encore l’Allemagne qui bénéficie le plus de cette reprise. Le bilan est là. Depuis l’introduction de l’euro la chute est de 11% en France, de 14% en Espagne et de 19% en Italie, l’autre grande puissance industrielle. Vainqueur par KO, l’industrie allemande a progressé de 35%. Avec le marché unique puis la création de la zone euro, les effets de polarisation et d’agglomération se sont renforcés et c’est l’Allemagne qui a raflé la mise.

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