Notre tissu productif reste convalescent

Les entreprises françaises vont mieux. Beaucoup mieux même, à l’aune des dépôts de bilan. Le reflux est même spectaculaire : moins de 58 000 entreprises ont été placées en redressement judiciaire en 2016, soit un recul de la sinistralité de plus de 8%. La moyenne de long terme n’est plus très loin, signe du retour à une situation quasi-normale.

Moins d’entreprises, donc moins de défaillances
Par honnêteté, il faut toutefois émettre deux bémols. Le premier : une partie de la décrue s’explique par la faiblesse des créations d’entreprises entre 2009 et 2014. Or, 50% des entreprises créées disparaissent avant leur sixième anniversaire et le taux de mortalité le plus élevé se situe entre 2 et 5 ans. Il y a donc un effet « démographie » dans le reflux actuel des défaillances.

Le second est plus technique : la modification de la procédure de traitement des difficultés des entreprises unipersonnelles a exclu des statistiques de défaillances nombre d’entre elles. Cela ne remet pas en cause la tendance de fond à la décrue, mais celle-ci est moins franche.

L’investissement reprend, mais attention aux effets d’aubaine
Les entreprises vont mieux, elles ont retrouvé des marges de manœuvre. Alors, tant mieux mais pour quoi faire ? Investir ? En partie, comme le montre l’évolution de l’investissement des entreprises non-financières : fin 2016, les dépenses d’équipements surplombaient de 3% leur ancien record d’avant crise. C’est un bon point, mais pas d’emballement car l’effort d’investissement, lui, n’a toujours pas retrouvé son dernier pic. Et même si le chemin est le bon, le déficit d’investissements hérité de la crise n’est pas près d’être comblé.

Il faut en outre être très prudent sur la suite des évènements. La tentation est de poursuivre le mouvement, ce qui serait une erreur. D’abord, la progression du taux de marge des entreprises connaît des ratés et reste très éloignée des standards d’avant 2008. Ce qui réduit la marge de manœuvre des entreprises. Ensuite, l’investissement a été soutenu par un dispositif fiscal avec le futur contrecoup négatif lié aux effets d’aubaines.

Pareil pour les embauches : il faut s’attendre à un contrecoup
Si les entreprises ne se sont pas ruées dans de vastes programmes d’investissements, elles ont, en revanche, embauché en masse : 191 700 créations nettes d’emplois l’an dernier, la meilleure performance depuis 2007. De quoi se réjouir. Mais le compte n’y est pas, comparé au niveau d’avant crise. Comme pour l’investissement, la tentation est grande de vouloir poursuivre le mouvement.

Mais, là encore, les aides à l’embauche ont provoqué un effet d’aubaine avec en perspective un sérieux contrecoup. Le Trésor lui-même admet que, sur longue période, l’impact des dispositifs temporaires (tels que la prime à l’emploi) s’annule dans un horizon de 5 ans. La mise sous perfusion de l’investissement et de l’emploi a produit ses effets mais c’est finalement décevant dès que l’on considère les futurs impacts de l’épuisement des effets d’aubaines.

Compétitivité-coût : ça s’améliore, mais pas suffisamment
Reste à explorer l’évolution de la compétitivité-coût du made in France pour établir un diagnostic plus précis de l’état de santé de l’économie française. A priori, la bonne nouvelle vient de là car elle s’améliore… Hélas pas assez car les entreprises françaises ne parviennent toujours pas à suffisamment monter en gamme pour justifier des écarts de prix vis-à-vis de leurs grandes concurrentes européennes, notamment italiennes ou espagnoles.

Au contraire, une étude de Coe-Rexecode révèle que le rapport qualité-prix s’est considérablement dégradé dans l’habillement mais aussi dans les produits pharmaceutiques et d’hygiène-beauté, l’un des rares points forts de notre industrie. Loin d’être rassurant, le diagnostic est celui d’un tissu productif encore convalescent alors que s’annoncent des élections à hauts risques.

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