Maîtrise du déficit public : la contrainte c’est d’abord l’Allemagne

De façon assez inattendue, la problématique du déficit public est moins prégnante dans la campagne électorale que ce à quoi l’on pouvait s’attendre. Hormis Emmanuel Macron, les principaux candidats, pour des raisons variées, revendiquent une prise de liberté par rapport à la fameuse cible des 3%.

François Fillon revendique certes un retour à l’équilibre à horizon 2022. Mais selon une trajectoire qui tolère une dérive assez forte en 2017-2018. Lors des primaires il en a surpris plus d’un en annonçant un déficit qui culminerait à 4,7% du PIB en 2017 puis à 4,5% en 2018. Fruit de l’héritage Hollande, mais surtout de sa blitzkrieg fiscale, qui concentrerait la perte des recettes en début de mandat, avant que les coupes budgétaires et le retour de la croissance ne remettent la trajectoire du déficit sur les rails. Il a mis de l’eau dans son vin depuis, avec l’annonce d’un déficit qui voisinerait 3,5-3,6% en 2017, pour revenir à 3% dès 2018.

Du côté de l’extrême droite, à l’instar de Fillon, l’assainissement est promis à moyen terme : après une embardée à 4,5% en 2018, le déficit reviendrait à 1,2% du PIB.

Chez Hamon, comme chez Mélenchon, le refus de se soumettre aux règles européennes et la volonté de s’extraire de la rigueur sont revendiqués haut et fort. Priorité est donnée aux investissements sociaux et environnementaux. Voire, côté Mélenchon, à une renégociation de la dette.

Macron est donc le seul à afficher l’orthodoxie des 3%. Comme un sésame, qui permet de rediscuter d’égal à égal avec l’Allemagne… et de faire évoluer le projet européen vers moins de rigueur. L’argument est un peu léger, sur le plan économique, il faut bien l’avouer. C’est l’idée que le cancre aura voix au chapitre quand il aura obtenu la mention passable. Sauf que caresser l’Allemagne dans le sens du poil, ce n’est pas seulement revenir à 3%, mais réduire notre dette chaque année de 1/20ème de l’écart à 60%, et faire revenir, selon une règle automatique, notre solde structurel à l’équilibre. Soit un demi-point a minima de réduction du déficit structurel tous les ans. De quoi plomber un mandat entier.

Chacun se fait fort de savoir amadouer Bruxelles. Et c’est peut-être le principal défaut des règles budgétaires. Elles nous dispensent de penser le déficit du strict point de vue de notre intérêt économique.

Or, et l’OCDE et le FMI se rallient à ce point de vue, il est clair que la rigueur pour la rigueur est contreproductive. Elle affaisse nos potentiels de croissance et retarde la consolidation budgétaire. La rigueur non coordonnée appelle la rigueur, dans un jeu sans fin. Ce qui est certain aussi, c’est que la France est assez loin d’un risque de processus boule de neige. Le niveau actuel du déficit stabilise déjà la dette. Et une remontée des taux de un à deux points peut être encaissée, au prix d’une rigueur très dosée, pour compenser l’impact de la remontée très graduelle de la charge de la dette.

Ce qui est problématique en revanche, c’est le positionnement français par rapport à l’Allemagne, et ce qu’il préfigure de notre potentiel de croissance futur.

Aujourd’hui, l’Allemagne est en excédent budgétaire quand la France voisine les 3-3,5% de déficit. Cela veut dire 4 choses :

1/ Que l’Allemagne va revenir sur 60% de dette dès 2019, alors que la France, à politique inchangée, continuera à flirter avec les 95% jusqu’en 2022. Et cela resterait vrai même si le taux de croissance voisinait 2% sur cette période. C’est une première, car les deux pays avaient connu jusqu’ici des trajectoires similaires.

2/ Que la France est plus exposée au risque d’une remontée des taux, et que les intérêts de la France et de l’Allemagne divergent ainsi sur le plan monétaire.

3/ Que l’Allemagne est armée pour mener une politique contra-cyclique en cas de récession mondiale, quand la France ne l’est pas… ce qui signifie que leurs potentiels de croissance seront amenés à diverger encore davantage, au détriment de la France.

4/ Que l’Allemagne est en capacité de mener toute une série d’investissements stratégiques, et que la France ne l’est pas.

Bref… avec ou sans la commission européenne, difficile d’évacuer la question de la consolidation budgétaire. Car son actualité ne vient pas seulement des règles, mais aussi de la pression allemande.

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