Guerre des prix dans l’agro-alimentaire : the winner is…

De l’agriculteur au consommateur, la guerre des prix fait rage. Dans l’agriculture, les prix sont beaucoup plus chahutés aujourd’hui qu’hier avec des interventions moindres de la politique agricole commune et le poids croissant des pays émergents sur les marchés mondiaux.

Cette tendance générale se lit à travers l’évolution sur longue période de l’indice FAO des prix alimentaires. Jusqu’au milieu des années 2000, l’écart type, une mesure de la volatilité, est de 12 environ. Depuis il est passé à 33, soit près de 3 fois plus. A cela s’ajoute, depuis la fin 2010, une nette tendance à la baisse des prix depuis le dernier pic, malgré leur récente remontée.

Le contrecoup pour les agriculteurs français est d’autant plus rude qu’avec le démantèlement des politiques agricoles européennes de soutien des prix, les fluctuations des cours des marchés mondiaux se transmettent systématiquement aux marchés français. L’exemple le plus emblématique est celui des céréales. L’indice « FAO céréales » a baissé de de 32,1% depuis 2012. De son côté, l’indice des prix des produits agricoles à la production (l’IPPAP), qui mesure l’évolution des prix des produits vendus par les céréaliers, a reculé de près de 38%.

Le lien entre les deux est très fort comme le montre le coefficient de corrélation qui atteint 0,86, sachant que par définition sa valeur maximale est de 1. Dès lors, quant à l’international les prix refluent, pas d’autre choix pour les agriculteurs que d’accepter une baisse de leurs revenus avec pour conséquence une hausse de 4% en 2016 des redressements ou mises en liquidation des exploitations agricoles, selon Altares, à contre-courant de la tendance nationale.

Et pour cause, l’étage du dessus, les industries agroalimentaires (pour lesquelles la part des achats agricoles représente en moyenne près de 55% du chiffre d’affaires), sont également mises sous pression par les distributeurs. La concurrence est d’autant plus rude que les entreprises françaises font face, sur le marché intérieur mais également à l’export, à une concurrence étrangère pas toujours très loyale. A commencer par l’Allemagne. Outre-Rhin, les entreprises ont usé et abusé de la directive de 1996 sur les « travailleurs détachés » pour renforcer leur compétitivité. On en connaît les conséquences pour les abattoirs français.

Depuis, une seconde vague venue d’Espagne submerge cette fois les secteurs du grain, de la panification, des fruits, des légumes. Et enfonce un peu plus la filière agricole. Les industriels ibériques engrangent les dividendes de la forte baisse des salaires de leur main d’œuvre.

Pour les Français, pas d’autre choix que de s’aligner au risque sinon d’être déréférencé. Et ce sont les marges qui trinquent : 1 point de moins entre 2010 et 2016 dans l’industrie alimentaire avec, à la clé, une fragilisation du tissu productif. Au bout de la chaîne, la grande distribution. Mais à y regarder de plus près, les prix alimentaires reculent aussi dans la grande distribution. Sans répercuter l’intégralité de la baisse sur les étiquettes, certes : sur longue période, l’évolution comparée des prix de production des industriels et ceux de la grande distribution montre que les marges de la grande distribution augmentent quand les prix chutent en amont, comme en 2009.

Mais, à rebours, les marges reculent quand les prix flambent en amont car l’intégralité de la hausse n’est pas reportée, comme en 2011 par exemple. Car on a tendance à l’oublier, la grande distribution est elle aussi sous pression, avec en bout de chaîne, un consommateur qui répugne à payer plus. Et le piège de la déflation se referme chaque jour un peu plus avec des victimes en cascade dans le monde agricole et les IAA. Enrayer le mouvement signifie payer plus cher pour faire ses courses. D’après une enquête de l’IFOP, 60% des Français sont prêts à payer plus pour soutenir les agriculteurs. Mais lorsque la grande distribution les prend au mot, c’est pour constater qu’il s’agit d’un vœu pieu.

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