Croissance léthargique : le fatalisme des candidats

Il y a un mot étrangement discret, si ce n’est absent, de cette campagne. C’est celui de croissance. Il paraît déjà loin le temps où Nicolas Sarkozy voulait aller chercher le point de croissance qu’il nous manquait avec les dents. Il est encore plus loin celui où l’on parlait de relance. On serait bien en mal de dire quels sont les objectifs en la matière chez la plupart des candidats, d’ailleurs. Est-ce un renoncement ? Les thématiques de la stagnation séculaire ou de la décroissance auraient-elles peu à peu fertilisé les esprits ?

A droite, le discours de la purge salvatrice promet des lendemains qui chantent, certes. Mais dans un long terme mal défini. Même si l’objectif n’est pas explicitement exprimé, c’est l’Allemagne qui est le modèle à atteindre. Un modèle c’est vrai, en termes de solvabilité, de compétitivité, mais pas nécessairement de croissance. Ni à long terme, où le pays ne fait pas mieux que la France depuis 2000. De part et d’autre du Rhin, la croissance a été de 1,3% en moyenne. Ni à court/moyen-terme, où la performance outre-Rhin n’est que sensiblement supérieure à la nôtre. Depuis la crise de 2008, et cela reste vrai sous le mandat Hollande, la croissance allemande supasse de 0,4 point en moyenne la croissance hexagonale. Mais avec un rythme de 1,2% au cours des cinq dernières années, la croissance allemande navigue sur des rythmes qui sont très en retrait des performances françaises d’avant crise (une moyenne de 2% l’an de 2000 à 2008).

Au centre, avec Emmanuel Macron, le slogan « libérer la croissance » reste de mise. La référence explicite au rapport Attali n’y est pas. Mais ce dernier demeure la source d’inspiration de la positive attitude du candidat face au progrès technique. On peut supposer que un point de croissance supplémentaire est l’objectif du candidat. Avec l’idée que la croissance se gagne en infléchissant la rigueur européenne, et que la fin de la rigueur s’achète par nos réformes. Partant aujourd’hui d’un rythme compris entre 0,5 et 1%, cela propulse tout au plus l’économie française à 2%.

A gauche, on ne trouve pas plus d’objectif affiché. Jusqu’ici, contrairement à la droite qui considérait que l’emploi se gagnait par une mobilisation plus efficace de la population active, mais pas nécessairement par plus de croissance, la gauche a toujours affiché la ligne simple selon laquelle le chômage s’éradique par plus de croissance, conquis par plus de demande. Ce son de cloche n’a pas disparu. La rigueur est placée au premier rang des accusés chez Hamon comme chez Mélenchon. Et l’un comme l’autre prônent la rupture par rapport à la ligne rigoriste. Sans pour autant fixer d’objectif. Car l’engagement des partis de gauche en faveur de la transition énergétique les coincent aux entournures. Difficile en effet de tenir un discours en faveur de la ré-industrialisation et de la relocalisation d’un côté, et de la modération des émissions carbone de l’autre.

A l’extrême droite, enfin, le malthusianisme migratoire étant mis au premier rang des préoccupations, la restauration de la croissance, même si elle est promise, n’est pas l’Alpha et l’Omega de la résorption du chômage.

Tout cela est symptomatique de la perte de repères des économistes par rapport au concept de croissance potentielle. Les liens croissance emploi, croissance inflation, sont aujourd’hui profondément déréglés. Depuis 15 ans et plus encore depuis 2008. Tout repose sur l’idée que la croissance est limitée par des facteurs physiques : la main d’œuvre disponible, et les machines installées et immatérielles, autrement dit le progrès technique. Au-delà, c’est la surchauffe. Or cette fiction de la croissance devient chaque décennie de plus en inopérante. Dans une économie de la connaissance, dématérialisée, dominée par les effets de réseau, la composante à coût fixe de l’économie s’accroît. On peut produire plus, sans nécessairement engager beaucoup de moyens supplémentaires. L’évolution de la productivité, telle qu’on la calcule aujourd’hui, se confond avec celle de la demande. Seule la demande révèle la productivité de nos économies. Opposer la croissance vertueuse obtenue par plus de productivité à la croissance facile, obtenue par plus de consommation, ne fait plus sens. Le problème est que, pris dans une course à la déflation salariale dont il ne peut sortir seul, aucun pays ne peut révéler sa productivité. Et ce que l’on interprète comme une panne de la productivité est d’abord une panne de la coordination. A laquelle aucun candidat ne sait encore donner une réponse satisfaisante.

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