L’exacerbation des fractures territoriales en France

Les inégalités territoriales en France sont multiformes et trois grandes fractures apparaissent très clairement.

La première est géographique et elle est parfaitement visible sur cette photo prise par France Stratégie de l’évolution de la population des 15-64 ans, en emploi, dans les aires urbaines. En vert les zones dynamiques, et en rouge celles où la situation se détériore, avec les dégradés de couleurs habituels. Si la France est fragmentée, il est très net que le centre de gravité des zones en déclin se situe au Nord et penche vers l’Est, avec en parallèle le décrochage du centre du pays et de la Normandie.

La spécialisation sectorielle semble bien avoir une part de responsabilité dans ces évolutions très contrastées, car ce sont toutes des régions davantage orientées vers l’industrie et l’agriculture. L’industrie représente en moyenne en France métropolitaine (hors Ile-de-France) à peine 14% de l’emploi total. C’est 17% en Bourgogne-Franche Comté, 16% ou presque en Normandie, dans le Grand-Est et le Centre-Val de Loire, et plus de 14% dans les Hauts-de-France. Or, l’industrie est à la peine depuis de nombreuses années et la tendance s’est renforcée après 2008. C’est manifeste, un bloc de régions a décroché, avec un PIB par habitant qui s’éloigne de la moyenne par opposition à un grand Sud-Ouest qui les distance de plus en plus.

Au-delà de l’opposition industrie/services, la crise a surtout frappé les territoires déjà sur le déclin : les anciens bastions de l’industrie automobile, textile, mécanique ou sidérurgique sont les premières victimes.

Mais l’explication reste trop partielle. On le sait peu, mais c’est l’Ile de France, plus précisément Paris et la petite couronne, qui a vu le poids relatif de l’industrie le plus décrocher. Pour autant, c’est la région la plus dynamique (avec la Corse) grâce à son redéploiement (déjà ancien) vers les services à haute valeur ajoutée. Idem, la zone Rhône-Alpes reste très prospère alors que l’industrie demeure très présente dans l’économie locale. C’est le signe d’une spécialisation sur les productions à forte valeur ajoutée, les moins exposées à la concurrence internationale par les coûts, donc les plus résistantes. La spécialisation sectorielle n’explique donc pas tout.

Seconde fracture, entre métropole, villes moyennes et territoires ruraux. Les 15 aires urbaines de plus de 500 000 habitants regroupent 40% de la population et drainent 55% de la masse salariale. Le PIB par habitant y est 50% supérieur à celui du reste du pays. Ça c’est pour la photo. En termes de dynamique, elles auraient concentré 75% de la croissance dans les années 2000 selon France Stratégie et rien n’indique un retour de balancier depuis. Au contraire, le phénomène de métropolisation s’est renforcé : 70% des créations nettes d’emplois entre 2007 et 2014 y sont localisées selon l’Observatoire de l’économie et des institutions locales.

Bien entendu, toutes les grandes agglomérations ne se situent pas sur la même trajectoire, mais l’écart se creuse avec le reste du territoire, et si l’inscription dans la globalisation n’est pas une assurance tout risque, c’est bien dans ces grands centres que se concentrent la population la plus qualifiée ainsi que les activités à plus forte valeur ajoutée en prise directe avec le monde.

Enfin, contrairement à une idée reçue, l’intensité de la pauvreté est plus élevée dans beaucoup de centres villes. Dans de nombreux pôles urbains (une dizaine faisant exception dont Paris et Lyon) ou villes de taille moyenne, les niveaux de vie sont plus élevés en banlieue qu’en ville centre. Et pour cause, les logements y sont plus vieux, moins voire pas du tout adaptés aux modes de vie contemporain et ce sont bien souvent sont des passoires thermiques et la liste n’est pas exhaustive.

Les inégalités territoriales entre une quinzaine de grandes métropoles françaises et une France périphérique se creusent. Les ressorts de la croissance sont cassés dans beaucoup de villes moyennes et de territoires ruraux et ils sont géographiquement très marqués. De nombreux centre-ville se paupérisent. Attention, danger, car pour tous les exclus du partage, la colère s’exprime dans les urnes, et les Etats-Unis montrent que cela peut ouvrir la voie à toutes les dérives.

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