Le retour du protectionnisme renforce la globalisation financière

Protectionnisme : ce mot tombé en désuétude a brutalement fait sa réapparition sur la scène économique à l’occasion de l’élection de Donald Trump. Avec des premiers résultats, dans l’automobile. Sous la menace du nouveau Président, les constructeurs multiplient les annonces de relocalisation, ou de non-délocalisation de leurs usines.

Le mouvement de déglobalisation des échanges de biens est en fait déjà perceptible depuis quelque temps dans le ralentissement du commerce mondial : sa vitesse de croisière est passée sous la barre des 1% en volume, c’est moins que la croissance mondiale, c’est surtout beaucoup moins que les 6% ou presque, affichés en moyenne entre 2000 et 2007. Si défendre son marché intérieur est devenu un crédo porteur avec comme ficelles habituelles l’augmentation des droits de douane, la multiplication des enquêtes anti-dumping, les mesures de relance discriminatoires au profit des seuls producteurs nationaux, si le ralentissement de la croissance mondiale expliquent en partie la perte de vitesse des échanges (moins un pays croit, moins il importe), des facteurs structurels sont aussi à l’œuvre.

Il y a d’abord un retour de balancier par rapport à la version la plus extrême du fabless, de l’allongement à outrance des chaines de valeur. Les multinationales ont notamment compris qu’elles avaient des difficultés à totalement maîtriser leurs approvisionnements, que la rapidité d’adaptation au gout du consommateur, donc de la proximité, est un atout, et que l’automatisation permettait de faire des économies de coûts dans les pays occidentaux alors que les salaires s’envolent chez certains émergents.

L’évolution du modèle Chinois, est aussi à prendre compte. Longtemps cantonné au rôle d’assembleur du monde, la Chine évolue : ses exportations intégraient auparavant beaucoup de modules ou de pièces venant de l’étranger et c’est de moins en moins le cas. Les produits « made in china » incorporent de plus en plus de pièces fabriquées sur place ce qui freinent également le commerce mondial. L’internationalisation des échanges s’essouffle donc et sa croissance devrait reste proche de celle de la croissance mondiale, et même, inférieure si l’on assiste à une augmentation des barrières douanières aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni.

Faut-il en conclure pour autant que c’est un coup d’arrêt de la globalisation. De la globalisation marchande peut-être. Mais rien ne dit que l’intégration du monde, via les services, via les data, via le capital ralentisse. Le ralentissement des échanges croisés entre région constitue même une forte incitation à s’implanter sur les marchés de destination. A regarder comment sont recyclés actuellement les excédents, notamment chinois ainsi que de certains pays du Moyen Orient, on peut penser que ce mouvement est bien à l’oeuvre : ce ne sont plus les titres publics, notamment américains, qui sont prisés mais les acquisitions directes d’entreprises dans les pays de l’OCDE, notamment en Europe. Un simple exemple : les fusions et acquisitions réalisées à l’étranger par les entreprises ou fonds d’investissement chinois sont passées de 39,2 milliards de dollars en 2013 à près de 116 en 2015. Et compte tenu des données disponibles sur 2016, la barre des 145 milliards aura certainement été approchée. C’est une multiplication par près de 4 en 3 ans. C’est colossal.

Autre indice, le nombre d’actions cotées de la zone euro détenues par des non-résidents : plus du tiers est désormais aux mains d’étrangers, c’est un record avec une formidable accélération, depuis 2011. Derniers chiffres, l’Europe est devenue selon Thomson Reuters la première cible de la Chine devenue le premier investisseur devant le Canada et les Etats-Unis. Plus de 20% des capitaux investis par des étrangers pour s’accaparer de fleurons européens viennent de l’empire du Milieu, c’était 2% en 2012. Une stratégie de conquête qui ne va pas sans poser des oppositions et ce n’est pas simplement un réflexe nationaliste ou populiste.

Certes, tout le monde applaudissait des deux mains quand les entreprises européennes, françaises, investissaient en Chine, mais il ne faut pas perde de vue que c’était d’abord un jeu gagnant pour la Chine qui 1- n’avait pas la capacité technique ni les moyens financiers de faire sortir de terre les usines nécessaires pour fabriquer les produits destinés à la fois à son marché intérieur mais également à l’export ce qui lui a permis de décoller et d’inonder le monde de ses produits. 2- qui a bénéficié de transferts de technologie. Or la question se pose : qu’ont à gagner les pays européens à voir passer son pavillon étranger leur entreprises, notamment quand il s’agit de pépites faisant partie de secteurs stratégiques. Rien, absolument rien ! Et c’est bien pour cela que le ton monte. Non la globalisation n’est pas morte elle change de forme et elle est certainement plus redoutable que la précédente.

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