Le volontarisme économique de Trump bouscule la zone euro

On assiste incontestablement à un retour du volontarisme en politique. C’est sur cette dimension que l’ultra-libéralisme roi est aujourd’hui mis à mal. Bien plus que comme corpus de pensée. Car contrairement aux attentes ce n’est pas le social qui revient en force. Mais plutôt le territoire et la défense des intérêts nationaux.

Aux États-Unis, le phénomène Trump est emblématique de cela. Son prisme pro-business ne bouscule en rien la Reaganomic’s.

Sa politique est conçue comme une suite de dénis. Déni de l’enjeu carbone, qui l’autorise à lever les contraintes sur l’énergie et notamment le charbon. Déni sur les enjeux prudentiels, qui l’autorisent à démanteler la loi Dodd-Frank, qui avait renforcé la réglementation bancaire à la suite de la faillite de Lehman Brothers. Déni, enfin des enjeux de solvabilisation de l’État, qui l’autorisent à baisser considérablement la fiscalité sur les profits et le patrimoine.

Là où le logiciel ultra-libéral est malmené, c’est sur son volet pro-marché. La contestation des dérives du libre-échange prend corps. La liberté laissée aux entreprises de localiser leur capital et leurs profits là où elles le souhaitent, est bien identifié comme un facteur de déstructuration des territoires. Elle participe à la désertification des campagnes, à la montée de friches industrielles, à l’accélération du déclin des centres urbains de moyenne taille et à l’hyper concentration des activités sur les métropoles. Cette déstructuration des territoires fragilise terriblement l’emploi, qui va bien au-delà du chômage. Elle induit surtout un déclassement qui mord de plus en plus sur la classe moyenne. Et l’idée ricardienne selon laquelle le libre-échange produit un jeu gagnant-gagnant est bel et bien en crise.

A la fragilisation de l’emploi, s’ajoute l’évaporation d’une base fiscale de moins en moins traçable. Qui désarme le volontarisme d’État.

Et c’est d’abord là-dessus, que Trump a emporté l’adhésion. Ne misant plus sur des lendemains du libéralisme qui chantent, il propose, d’agir très directement sur l’évaporation de la base fiscale et du capital productif, en usant de la carotte fiscale (baisse de l’IS, de la fiscalité sur la transmission et taxation réduite à 10% pour les profits rapatriés), du bâton fiscale (hausse des taxes sur les produits importés en provenance des zones de délocalisation), de la pression directe sur les entreprises, mais aussi de la menace, de rétorsion sur les pays soupçonnés de dumping. Patron d’un empire centré sur l’immobilier, ancré sur le territoire, le moteur de la croissance ne réside pas dans les salaires, et la consommation, mais dans la présence d’entreprises à forte capacité d’investissement.

Ce volontarisme de l’offre, ne doit pas s’entendre comme une politique industrielle au sens traditionnel du terme. Il s’agit avant tout d’une intrusion de l’État dans les choix d’implantation. Une politique pro-relocalisation qui fait feu de tout bois, y compris des outils protectionnistes autrefois abhorrés par les tenants de l’ultra-libéralisme.

Et ce nouveau tropisme gagne un peu partout. La candeur autour des vertus du marché pour structurer les territoires, la perception d’une menace sans cesse croissante d’une évaporation de l’assiette fiscale gagne de plus en plus de pays.

L’Angleterre du Brexit en témoigne. Le pays fer de lance de l’ultra-libéralisme, rompt au fond avec l’ultra-candeur libérale de l’Europe. Thérésa May, place les enjeux de ré-industrialisation et d’aménagement du territoire au cœur de son programme. Elle demande des comptes fiscaux aux GAFA et entend freiner la mobilité des hommes.

La France, les partis de gouvernement, donnent le sentiment de ne pas avoir pris la mesure de ce tournant volontariste. Rarement la question entrepreneuriale n’a tenu une place aussi importante dans le débat, à droite comme à gauche. Certes. Mais à droite, la dérèglementation reste la panacée de tout. Et à gauche, le vieux réflexe keynésien de ranimer l’offre par le pouvoir d’achat n’a pas disparu. Au thème de la relocalisation, manu-militari à la Trump, on préfère encore le combat incantatoire pour pourchasser l’évasion fiscale sans arme crédible et la surtaxation d’un capital qui menace de s’enfuir.

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