Primaires de gauche : qui est capable d’innover ?

La gauche, lorsqu’elle prend le chemin des urnes, retrouve en général ses couleurs. Le logiciel keynésien, la défense du pouvoir d’achat des classes moyennes ou défavorisées, reprennent leurs droits. L’État devient le bouclier contre les dérives du marché. On l’arme de moyens supplémentaires pour assurer ses fonctions assurancielles. Et chaque candidat redevient un Robin des Bois prenant aux riches pour redonner aux plus démunis, traquant l’évasion fiscale pour redresser les torts.

Dans le concours de beauté des primaires socialistes, aucun des candidats n’échappe à cette mue. Le socialisme canal historique évince la gauche tiède de gouvernement. Et c’est sans doute chez Manuel Valls que cette mue est la plus spectaculaire.

Peu de surprise sur ce front donc. La gauche se veut réparatrice des torts du marché. L’arsenal des outils qu’elle propose peut varier d’un candidat à l’autre, mais les instruments jouent dans le même sens :

– De nouveaux revenus de substitution avec notamment la proposition d’un « revenu décent » pour Manuel Valls et celle d’un un revenu universel d’existence pour Benoît Hamon.
-Baisse de la fiscalité pour les ménages et plus forte progressivité pour Manuel Valls, et sa déclinaison chez les autres candidats : baisse de la CSG des petits revenus, pour Arnaud Montebourg, Fusion IR et CSG pour Benoît Hamon associée à la création de 10 tranches, bouclier fiscal pour les plus modestes chez Vincent Peillon etc.
– Relance de l’investissement public, dans tous les programmes avec une coloration variable d’un candidat à l’autre
– Renforcement des moyens concernant la santé et l’éducation etc.

Si le grand écart entre promesses et réalisations est monnaie courante à gauche, reconnaissons néanmoins à la gauche, historiquement, une capacité d’innovation économique et sociale. Ses utopies sont utiles à terme. Et c’est aussi à l’aune de la capacité d’innovation politique qu’il faut scruter les programmes des primaires.

Or innover ce n’est pas seulement mettre bout à bout quelques concepts valise à la mode. Il ne suffit pas de se référer aux formes alternatives d’entrepreneuriat, à l’économie sociale et solidaire pour l’un, à l’économie circulaire pour l’autre, à marquer sa préférence pour la PME pour changer la face du capitalisme. Et on a beau parcourir les différents programme, difficile d’être saisi par des éléments marquant une vraie innovation de la pensée.

Certes certains candidats accordent à la question Européenne une place plus importante que d’autres. Mais rien qui n’ait déjà été entendu sur un mode incantatoire jusqu’ici : mettre fin à l’austérité européenne pour Arnaud Montebourg, promouvoir de grands plans d’investissement pour Manuel Valls et Vincent Peillon, Promouvoir un revenu minimum européen, lutter contre la concurrence fiscale et sociale etc… mais aucun ne nous livre la clé pour y parvenir. Aucun n’explique comment il fera émerger des intérêts convergents dans une Europe dissonante. Et tout cela semble préparer la redite de la désillusion qui a suivi l’élection de François Hollande.

Surtout, cette gauche réparatrice n’a pas l’air d’avoir pris conscience que dans une France déclassée, dans laquelle la classe moyenne désespère de ne pouvoir projeter pour ses enfants une trajectoire meilleure que la sienne, l’attente n’est probablement pas de recevoir des revenus sociaux de remplacement, et peut être encore moins un revenu universel. On attendrait de la gauche qu’elle nous parle aujourd’hui de sa vision du travail dans un monde numérique en plein bouleversement. Entérine-t-elle une économie du bénévolat, du temps libre et d’un travail resserré sur quelques-uns ? Quitte à taxer les machines et les plus hauts revenus pour fournir un revenu décent à une masse croissante de personnes travaillant moins ? C’est ce qui ressort implicitement du programme de Benoît Hamon. Où bien considère-t-elle que le travail a un avenir. Et dans ce cas quels moyens se donne-t-elle pour que le travail de l’économie numérique soit formalisé, et rémunéré. Abordant trop directement les enjeux de redistribution, la gauche tend aujourd’hui à court-circuiter le véritable enjeu du moment. Celui de la distribution primaire

Et ce faisant, à force de taxer toujours plus une base fiscale dont chacun pressent qu’elle s’évapore toujours plus, pour fournir des revenus de substitutions non réellement désirés elle, ne déclenche ni l’adhésion, ni le sentiment d’innovation intellectuelle.

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