Pour 2017, les croyances des marchés sont à l’euphorie

Regardons les bourses d’abord. Elles étaient à la peine dans tous les pays développés de la mi-2015 à la mi-2016. En décalage avec le consensus des macro-économistes selon lequel l’alignement des astres allait remettre la croissance sur les rails. Et effectivement l’alignement n’a ni produit les effets escomptés, ni enclenché une dynamique auto-entretenue susceptible de s’amplifier. C’est à ce moment qu’est intervenu l’électrochoc du Brexit le 23 juin 2016, puis le second électrochoc de l’élection de Trump le 8 novembre 2016. Et là, paradoxalement, l’option déraisonnable semble avoir donné des ailes aux marchés, échaudés par le bilan plus que mitigé des stratégies raisonnables qui prévalaient jusqu’ici. Après le coup de semonce britannique, les bourses française et allemande ont regagné près de 20%. La bourse britannique près de 16%. La Bourse américaine de l’ordre de 10 %. Elles ont ensuite poursuivi sur leur lancée après l’élection américaine. La Bourse américaine caracole aujourd’hui près de 45% au-dessus de ses points records d’avant crise. Les bourses britannique et allemande 6 à 7% au-dessus. Seule la bourse française demeure en retrait de ses pics de 2008.

Autrement dit, les marchés sont à nouveau en porte à faux par rapport au consensus des macro-économistes, ceux du FMI ou de l’OCDE par exemple, qui ont revu à la baisse leurs espérances pour 2016 et 2017. Et qui peu ou prou prévoient que la croissance va piétiner en 2017. Ils croient 1/ à une accélération de la reprise américaine sous l’effet du choc fiscal Trump. 2/ à un raffermissement de la reprise européenne dans le sillage US.

La remontée des taux longs américains délivre au fond le même message. Depuis leurs points bas de la mi-2016, ils ont augmenté de plus de 1 point. Sous le double effet des annonces de la FED, d’une politique moins accommodante, puis de l’effet Trump. Qui a lui seul a contribué à plus de la moitié de la hausse. Autrement dit, les marchés obligataires croient à l’effectivité du plan de relance. Et la conjonction de la remontée de la Bourse et de la remontée des taux, indique qu’ils croient en son efficacité. Car si la remontée des taux n’était pas accompagnée d’une anticipation d’une hausse de la profitabilité des entreprises, la bourse américaine aurait décroché.

L’écart entre taux nominaux à 10 ans et taux réels (via les obligations indexées) nous délivre une information supplémentaire : l’inflation anticipée par les marchés à long terme. Or les taux réels se sont moins tendus que les taux nominaux. Les anticipations d’inflation à long terme ont ainsi augmenté d’un demi-point aux Etats-Unis depuis juin 2016, voisinant maintenant 2%. Plus de croissance, plus d’inflation, c’est ce à quoi croient les marchés concernant l’économie américaine. Plus de dette aussi, mais avec l’érosion par la croissance et l’inflation, la dramatisation n’est pas à l’ordre du jour.

Cet optimisme semble se diffuser outre-Atlantique. Les marchés boursiers et obligataires ont digéré le Brexit. Ou peut-être simplement intégré que le fait que le choc serait diffus, et que la lenteur Bruxelloise allait temporiser les choses. La dépréciation de l’euro, indique cependant qu’ils croient en la persistance d’un décalage conjoncturel US-Europe, au détriment du vieux continent. Ils ne valident pas pour autant pour l’heure l’idée que la tension sur les taux longs pourrait déstabiliser la molle reprise de la zone euro et faire ressurgir des désordres financiers. Si l’on prend l’exemple de l’Italie, aujourd’hui maillon faible financier de l’Europe, le spread à 10 ans avec l’Allemagne s’est certes un peu tendu, notamment en novembre. Mais cette embardée ne fait pas tendance, alors même que l’échec référendaire de Renzi est passé par là.

Je terminerai enfin par les cours du pétrole, soumis à l’influence contradictoire de la réduction de l’offre OPEP et non OPEP d’un côté, et d’une relance de l’offre américaine de l’autre. Cette double influence aurait pu conduire à un statu-quo. Or la nette remontée des cours indique aussi que les marchés croient à une demande mondiale assez soutenue.

Bref, pour 2017, on pourrait souhaiter, une fois n’est pas coutume, que les marchés ne se trompent pas.

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