Les dits et non-dits du projet Macron

Emmanuel Macron, c’est d’abord un discours assez bien rodé sur la transformation de notre société. « Le moment que nous vivons est bien celui de la refondation profonde ». Ce sont ses mots. Il n’est pas le premier à utiliser bien sûr. Il y a chez lui ce côté JJSS…Le turlupin comme aimait le dénommer Jacques Chirac.

Comme tant d’autre avant lui, il tente de construire singularité dans l’opposition entre passéistes et modernes. Du monde moderne, il sait décrire la révolution numérique, la menace qui pèse sur à court terme, la place de la ville, les défis environnementaux… Macron fait partie de l’emploi ces candidats qui n’engrangent pas sur la peur, le déclin, la thématique du dernier recours. Il prétend offrir une vision.

Mais cet autre chose, ni de droite ni de gauche revendiqué par le candidat n’est-il pas au fond plutôt un «et de droite et de gauche », le candidat puisant de part et d’autre les ingrédients d’un assemblage qui n’a de révolutionnaire que le nom. Car au fond, la compile Macron, aussi bien emballée soit-elle, ressert des morceaux choisis bien connus… plus destinés à pérenniser le système qu’à le bousculer.

Prenons par exemple sa volonté de porter « l’assouplissement et la protection renforcée des travailleurs »…. C’est au fond la flexi-sécurité qu’il revendique pour la France. Il reprend là une bonne vieille thématique, popularisée en France depuis l’aube des années 2000 et qui inspirait déjà le plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo en 2005.

Avec du côté flexibilité : Une place accrue laissée à la négociation au niveau des branches et des entreprises, pour déroger au cas par cas aux principes là où cela est nécessaire. En quoi son projet va-t-il plus loin ou amende-t-il la loi El Khomri, on ne le sait pas encore à ce stade. Un droit à l’erreur pour les employeurs, qui limiterait leur exposition à sanction judiciaire.

Et côté sécurité :
Une ouverture de l’assurance chômage aux salariés démissionnaires et aux indépendants
Un big bang annoncé en matière de formation
Un financement de la maladie et du chômage par la CSG. Ce qui signifie que l’ensemble des personnes actives ou inactives et des types de revenus participent au financement de la protection. Et ce report partiel du financement vers les retraités, les rentiers les fonctionnaires ou sur une assiette bien plus large que le travail est conforme à l’approche nordique, où la sécurisation est un bien collectif auquel tous contribuent.
C’est ensuite un système de bonus-malus, cher à Olivier Blanchard et à Jean Tirole. Un système qui aurait vocation à réduire l’incitation à embaucher en contrats courts dans certains secteurs à fort turnover : l’hôtellerie, la restauration, la construction, les médias etc…
Enfin un accroissement de la prime d’activité

C’est du point de vue budgétaire l’affirmation de la nécessité de réduire la voilure de l’Etat, mais de mais sans fragiliser la croissance. D’investir dans la formation, la rénovation thermique, la fibre. D’augmenter les moyens humains de l’Etat notamment en matière de sécurité des personnes notamment… Avec une pérennisation du CICE transformé en baisses des charges pérennes de 6 points.

En fait, en puisant à sa droite la flexibilité et à sa gauche la sécurité, à sa droite la baisse des dépenses sans cible désignée et à sa gauche le renforcement des moyens pertinents de l’Etat (notamment en matière de protection sociale), Emmanuel Macron nous propose un panaché de réforme sans sang ni larmes. Mais avec un grand non-dit sur le financement aussi. Or la flexi-sécurité qui lui sert de fil directeur, est un système coûteux.

Au fond Macron, ce n’est pas la révolution. Ce n’est pas non plus la potion amère de la rigueur. Mais un programme compilant les recettes du Docteur Attali. Avec une grande ellipse sur leur financement.

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