France-Allemagne : qui bénéficie le plus d’une baisse de l’euro ?

Il faut parfois se méfier des évidences, en voilà une : « la baisse de l’euro profite d’abord aux pays dont les exportations sont sensibles au prix ». Et pour mesurer cette sensibilité, il suffit de calculer l’élasticité prix des exportations en volume : à un niveau de gamme élevé correspond une sensibilité aux prix faible. Les travaux (ceux du Trésor, de l’INSEE, du CAE ou de Patrick Artus) ne sont certes pas totalement convergents en la matière, mais ils confèrent au mieux une position intermédiaire à la France, qui plus est en régression par rapport à l’Allemagne, positionnée sur le haut de gamme. La France sortirait donc gagnante, par exemple, d’une baisse de la monnaie unique face au dollar, pas l’Allemagne.

C’est, en fait, un peu plus compliqué. Il faut d’abord ne pas oublier que la baisse de l’euro avantage l’industrie et les services exportateurs. Et, toutes choses égales par ailleurs, elle pénalise le pouvoir d’achat des ménages via le renchérissement des produits importés non-substituables et les entreprises centrées sur le marché domestique. L’industrie est donc très majoritairement la grande gagnante de la situation.

Or l’industrie, c’est encore environ 26% du PIB en valeur en Allemagne contre 14% en France. Avec la crise, l’industrie française s’est atrophiée encore plus et est devenue de trop petite taille pour totalement profiter d’une baisse du change. Il ne faut pas non plus sous-estimer la capacité de la machine à exporter allemande à se redéployer rapidement sur les bons partenaires du moment. Petit indice, les Etats-Unis ont détrôné la France comme premier partenaire commercial de l’Allemagne, une première depuis le milieu des années 70. C’est aussi vers les Etats-Unis que l’Allemagne a le plus exporté en 2015. La France, premier client des produits allemands depuis le début des années 60, passe là encore en deuxième position. Les mêmes données pour la France, montrent au contraire une Allemagne surdéterminante à la fois parce qu’elle est, et de loin, notre premier partenaire commercial, devant l’Italie et les Etats-Unis qui à eux deux ne pèse pas autant. C’est aussi notre premier client, loin devant les Etats-Unis en deuxième position.

En élargissant un peu le champ géographique, il apparaît très vite que l’Allemagne n’a eu de cesse depuis des années de s’affranchir de la conjoncture européenne en générale et celle de la zone euro en particulier : les exports allemands en direction de la zone euro sont passés de 44% du total avant la crise à 37% aujourd’hui. Bien sur la France a suivi la même trajectoire mais un cran en dessous : elle part de plus haut et a moins réduit sa dépendance vis-à-vis de ses plus proches voisins. Ces éléments ne nous disent cependant pas qui a été le plus en pointe dans la conquête des marchés extra-européens. C’est pourquoi il est plus pertinent de regarder la part de chacun dans les exportations de la zone à destination du reste du monde (qui élimine les échanges intra-européens). Et encore une fois l’Allemagne se démarque et continue à affirmer sa suprématie.

Et maintenant comment se joue la partie en seconde division, entre la France, l’Italie et l’Espagne. Pour la France, on peut voir que les choses de stabilisent, et s’améliorent même la dernière année avec le coup de pouce du CICE et de la baisse de l’euro. Même constat côté italien, mais avec une légère érosion en fin de période. Enfin côté Espagnol. La désinflation interne a bien porté ses fruits. Mais la fin de période lui est moins favorable. Bref l’Allemagne est le principal bénéficiaire de la baisse de l’euro, la France beaucoup moins.

La conclusion s’impose d’elle-même. Avec un euro fort, l’Allemagne gagne beaucoup et la France perd. Avec un euro faible, l’Allemagne gagne toujours beaucoup et la France un peu. En fait, avec l’euro c’est quand même toujours l’Allemagne qui gagne le plus à la fin.

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