Le grand décrochage Français (vs USA, Japon, Allemagne)

C’est à un exercice de comparaison internationale un peu particulier auquel je vais me livrer. Traditionnellement, pour mesurer la performance d’un pays par rapport à un autre, l’étalon choisit c’est soit le taux de croissance du PIB, soit l’évolution du PIB par habitant, c’est-à-dire par rapport au nombre de bouches à nourrir. Pour ma part j’en ai retenu un autre : le PIB rapporté à la population en âge de travailler, par convention les 15 – 64 ans, c’est-à-dire par rapport à la force de travail disponible. Cela synthétise à la fois le l’évolution de la productivité et la capacité d’un pays à mobilier sa main d’œuvre pour créer des richesses.

Quatre pays ont été sélectionnés : Etats-Unis, Japon, France et Allemagne. Premier match : Etats-Unis-Japon. Pour beaucoup c’est joué d’avance, c’est le match des extrêmes avec d’un côté, le leader de la croissance des pays développés et de l’autre celui qui est à la traine depuis plusieurs décennies.

Première surprise, en grossissant à peine le trait, c’est un match nul entre les deux : l’indicateur progresse de 41% pour le premier et de 40% pour le second autant dire que la différence est maigre. Il faut donc rester prudent lorsque l’on dresse un portrait pessimiste du Japon. La décennie perdue (1990-2000), c’est une hausse moyenne du PIB rapporté à la population en âge de travailler de 1,1% par an de quoi relativiser et Paul Krugman de conclure : la décennie perdue au Japon est un mythe dès lors que l’on ne se concentre pas uniquement sur les taux de croissance brute et que l’on intègre, dans l’analyse, la dynamique démographique. Et pour cause, entre le pic de 1995 et 2015, c’est une hémorragie de plus de 10 millions de japonais en âge de travailler, une chute de 12%.

C’est à front renversée avec les Etats-Unis où le nombre des 15-64 ans progresse de 37,5 millions sur la même période. Bien entendu, le Japon a payé au prix cher, l’éclatement de ses bulles financière et immobilière au début des années 90, ses erreurs de pilotage et la crise asiatique. Mais à y regarder de plus près, le Japon fait mieux que les Etats-Unis depuis 2000, et en resserrant l’analyse depuis la grande crise, la hausse est en moyenne de 1,3% l’an dans l’Archipel contre 0,9% aux Etats-Unis. La faiblesse aux Etats-Unis peut surprendre, mais il ne faut pas oublier qu’avec la récession de 2008-2009, nombre d’américains en âge de travailler se sont retirés du marché du travail et ne participent plus à l’activité. En d’autres termes, la capacité du pays à mobiliser sa main d’œuvre c’est considérablement réduite et on peut logiquement se demander si le Japon n’est pas plus proche de son potentiel que les Etats-Unis.

Faisons maintenant entrer la France dans la partie. Premier constat, la France est un peu à la traine (+33%) mais pas complétement lâchée. Deuxième constat, le décrochage est récent, exactement depuis 2010, c’est-à-dire au moment où pressée par l’Allemagne elle s’aligne sur une orthodoxie budgétaire rigide, et surtout sur une déflation salariale et une concurrence fiscale pour retrouver le chemin de la compétitivité. Il y a de la casse, le nombre de chômeurs explose, en d’autre termes une partie de la population en âge de travailler ne participe plus à la création de richesse. Au tour de l’Allemagne. Son entrée dans le jeu est fracassante, car c’est elle qui prend le leadership du classement (+47%), devant les Etats-Unis. Là aussi, la correction démographique a toute son importance, notamment par rapport à la France. Dans un cas la population en âge de travailler baisse, dans l’autre elle progresse. Mais cela n’explique pas tout. De 2003 à 2006 l’Allemagne a fait sa grande purge, dans un contexte de soutien de la demande européenne et quand survient la grande récession, ces finances publiques ont été restaurées, pas en France qui subit à son tour, on l’a dit la saignée.

Introduire la population en âge de travailler permet d’objectiver les performances des pays. Une fois pris cette dynamique démographique, les écarts de performance se resserrent entre les économies et le Japon apparait sous un nouveau jour. Mais cela ne doit pas faire oublier que même avec cet indicateur la France décroche depuis 2010 et se fait distancer pour des raisons qui tiennent finalement moins à l’hérésie de son modèle qu’à la rigueur mise en place depuis 2010.

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