Prévisions 2017 : les Etats-Unis en forme, l’Europe en panne

Les risques sur l’économie mondiale montent en flèche et paradoxalement, après le séisme Trump, c’est aux Etats-Unis que la conjoncture semble la plus solide.

Les effets de richesse ont fait leur grand retour et se renforcent : les prix de l’immobilier en hausse quasi-permanente depuis 2012 se rapprochent de leurs sommets d’avant crise. Du côté de la bourse, c’est encore mieux, tous les clignotants sont au vert : Nasdaq, S&P 500 et Dow Jones tous sont à des niveaux records. C’est bon pour le moral des ménages, d’autant que le marché du travail poursuit son amélioration. Côté entreprise l’indicateur avancé de l’activité du Conference Board est au-dessus de sa tendance de long terme, a restauré ses plus hauts niveaux et accélère de nouveau. C’est sur cette base déjà dynamique que va venir se plaquer un colossal plan de relance. La politique budgétaire va donc retrouver un rôle majeur ; de fait la politique monétaire n’aura plus besoin d’être aussi accommodante. Les marchés ne s’y trompent pas : les taux longs sont déjà repartis un peu partout à la hausse.

Et c’est bien là le risque majeur pour la zone euro qui n’est pas dans la même phase de son cycle économique comme le suggère l’évolution chaotique de l’indice ESI, un indicateur composite qui donne le pouls du milieu des affaires et du moral des consommateurs. Autre point de divergence, la dynamique des prix.

D’un côté, les Etats-Unis où la tendance de fond de l’inflation est désormais ancrée au-dessus de 2% et de l’autre la zone euro où elle stagne en dessous de 1%. Idem pour la dynamique des salaires ou de l’emploi. La zone euro n’a en outre toujours pas résolu son problème de demande et même si la Commission européenne apparaît moins rigide, aucune relance budgétaire ne sera possible en 2017 car l’Allemagne restera arcboutée sur sa position rigoriste et ne changera pas d’un iota en pleine année électorale. Il ne faudra pas non plus trop compter sur la dynamique externe (même avec un euro faible) en raison d’une demande mondiale figée. La remontée des taux longs intervient donc sur un terrain miné en Europe et c’est bien pour cela que les perspectives de croissance aux Etats-Unis et dans la zone euro sont à front renversé pour 2017. S’ajoute en plus la montée des risques politiques en raison d’un agenda électoral semé d’embuches.

Autre zone d’ombre en Europe, le Royaume-Uni. Les données conjoncturelles britanniques les plus récentes peuvent laisser penser que le choc demeure de second ordre, l’économie déjouant jusqu’ici les pronostics les plus pessimistes. Toutefois, le Brexit rend un certain nombre d’ajustements nécessaires et difficiles à différer : le redressement des comptes publics, le rééquilibrage de la balance des paiements, le renforcement de la compétitivité de l’industrie notamment. Cet effort d’ajustement risque de se compliquer d’effets de richesse négatifs. Selon notre scénario, le Royaume-Uni échapperait à la récession mais pas à un sérieux coup de frein avec seulement 0,6% de croissance prévu.

De leurs côtés, les émergents sont en prises avec un schéma bien connu : fuite des capitaux, chute de la monnaie, montée du risque de solvabilité qui contraint les banques centrales à relever leur taux, ce qui étouffe la croissance. Le Mexique est déjà pris dans cette spirale. S’ajoute en plus, pour les pays producteurs de matières premières, la faiblesse des cours des commodités. Le Brésil est l’exemple le plus parlant. Son économie est en récession, l’inflation proche de 10% et les taux directeurs déjà élevés à 14%. Autant dire que le pays est coincé. Logiquement, il faudrait desserrer l’étreinte de la politique monétaire mais cela renforcerait la sortie de capitaux. Finalement le pays n’échappera pas à une 3ème année de récession. La Russie est prise dans ce même piège. La Chine semble, elle, mieux armée pour résister mais elle sera touchée par effet de ricochet via l’affaissement de ses principaux débouchés extérieurs. Bien entendu, le gouvernement mise sur la demande intérieure, mais la transition est plus longue et douloureuse que prévue. A cela s’ajoute une dérive inquiétante du crédit dont le ratio au PIB qui surplombe de 30% sa tendance au premier trimestre 2016 : on est bien au-delà de ce qu’avaient connu la Thaïlande en 1997 ou les États-Unis en 2008 et surtout du seuil de 10%, au-delà duquel la BRI considère qu’il y a risque bancaire.

En fait pour être à l’abri de l’OPA faite par les Etats-Unis sur les surliquidités du Monde il faut soit être une économie autocentrée, c’est le cas de l’Inde, ou ne pas dépendre des créanciers extérieurs, c’est le cas du Japon. Mais cela ne fait pas le poids, et surtout ne permet pas de doper le commerce mondial pour les pays qui en dépendent.

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