La trumponomics, c’est le coup fatal pour la zone euro

Que peut faire l’Europe pour contrer la nouvelle désinhibition politique américaine. Trump, si l’on accepte un moment de se défocaliser du personnage et des valeurs qu’il véhicule, c’est d’abord une fuite en avant dans l’investissement et les baisses d’impôt. Si ces deux chocs sont bien au rendez-vous. Et si le protectionniste de Trump demeure de façade, ou exclusivement ciblé sur la Chine et le Mexique, Cela ne peut faire que plus de croissance, et surement plus de prix et de salaires, même s’il ne faut pas exagérer ce risque dans une économie qui est aujourd’hui sur un plein emploi de façade.

Nul doute alors que la Fed n’a plus de bonnes raisons de jouer la prudence concernant la remontée de ses taux. Les marchés ne s’y trompent pas : Les taux longs sont partout déjà repartis à la hausse. L’euro flirte avec ses points bas vis-à-vis du dollar et pourrait rejoindre la parité assez rapidement, et la bourse commence à comprendre que l’arrivée de Trump annonce des lendemains qui chantent pour la croissance économique.

Côté européen la dépréciation de l’euro est plutôt une bonne chose. C’est en général ce qui nous permet de nous arrimer à la reprise US. Du moins lorsque la sauce de la reprise du commerce mondial prend dans le sillage de la reprise américaine.

Sauf que là le choc de change se complique de celui de la remontée des taux. Et surtout d’une repentification de la courbe des taux. Même si la BCE devait poursuivre sa ligne accommodante quelque temps, le tournant américain sonne la fin de partie du QE. Les taux longs l’intégreront avant même que la BCE ne réoriente sa politique expansionniste. Et cette tension se diffusera à l’ensemble du monde. Cela complique surtout les choses pour certains grands émergents: le Brésil, l’Argentine et le Mexique notamment. Ce qui atteint la Chine par ricochet. Autrement dit, la dépréciation de l’euro, n’aura pas l’effet escompté sur la relance des exportations extra-européennes.

En revanche la remontée des taux longs intervient sur un terrain miné en Europe. La faible inflation sous-jacente et le sous-emploi chronique, qui maintient les pressions déflationnistes, font que cette remontée est beaucoup plus douloureuse de ce côté-ci de l’Atlantique. Sans parler de notre écart de croissance. Autrement dit, une résurgence des tensions sur le marché des dettes souveraines nous guette, compliquée par la remontée des spreads sur les pays maillon faible de la zone.

A quoi il faut ajouter aussi le fait que le système bancaire continental est lui-même miné par le poids des créances douteuses (1200 milliards d’euros de prêts non performants en 2015, soit 5,7% de l’actif des banques européennes, une proportion qui a triplé avec la crise). Cette moyenne élevée recouvre on le sait, de forts écarts entre les différents pays, avec des pointes à 21,5% en Irlande, 17% en Italie ou 7,1%, en Espagne qui créent de véritables zones de fragilité systémiques.

Sans croissance et sans inflation, l’Europe non coordonnée ne peut que s’empêtrer dans le choc de la remontée des taux. Et à cela, il n’existe qu’une seule réponse. Que l’Allemagne change radicalement le cap de sa politique budgétaire et impulse un véritable plan de relance de l’investissement. Elle ne le fera pas. Et au final, cela pourrait bien porter un coup fatal à l’euro. Ils ne l’avaient peut-être pas prévu. Mais le nouveau couple des maitres du Monde que sont Merkel et Trump, pourraient bien être les fossoyeurs de la monnaie unique.

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