Il y a urgence : lever l’omerta sur la zone euro

L’Europe est l’étrange absente du débat des primaires de droite. Sans doute est-ce seulement l’aveu implicite que la France ne doit ses maux qu’à elle-même. A son refus de procéder aux ajustements qui la rendront fonctionnelle au sein de l’UE.

C’est un point de vue. Nous avons signé des traités. Il nous reste à en tirer les conséquences en termes d’ajustement interne. Mais c’est un risque aussi. Car les programmes proposés deviennent dès lors la formulation de la facture inavouée des engagements pris jusqu’ici, et que l’on retrouve dans tous les programmes des primaires : Réduction du coût du travail, moins d’État, moins de fonctionnaires, retraites moins généreuses, moins d’impôts sur les entreprises, sur les fortunes, et hausse de la fiscalité sur la consommation…. Rigueur et montée des inégalités deviennent consubstantiels de l’Europe.

Ce coût est bien sûr présenté comme transitoire. C’est celui qui nous ouvre les portes du rebond. Or c’est une erreur. La validation implicite de l’axiome européen, tel qu’il est aujourd’hui, ne garantit en rien le rebond de la France et encore moins de l’Europe dans son ensemble. Avec pour sous-entendu, que la France, homme malade, serait l’empêcheur de tourner en rond de la machine européenne.

Ce point de vue est problématique à mes yeux. Pour trois raisons essentielles :

Il faut supposer pour cela, que dans le jeu à somme quasi-nulle de la croissance européenne, l’ajustement par le bas de la seconde économie de la zone euro, n’aurait aucune conséquence sur sa périphérie. Or, c’est très improbable. Il se répercute inévitablement sur les partenaires de la zone. Et il est difficile d’imaginer, que nos principaux concurrents laisseraient rogner leur avantage concurrentiel relatif, je pense notamment à l’Espagne, l’Italie, mais aussi à l’Allemagne, forte de son excédent budgétaire, sans mettre en place une contre-réaction fiscale ou salariale qui annulerait au moins partiellement l’effort hexagonal.

C’est nier ensuite le fait que l’hyper-concentration sur le bassin rhénan des excédents commerciaux de la zone est gravement problématique. Cette asymétrie fait que l’Allemagne tire systématiquement les dividendes de nos efforts, et qu’elle mutualise sur l’ensemble de ses partenaires le coût de ses propres ajustements. Je m’explique. L’hyper-puissance exportatrice et importatrice allemande, a capté par le passé, une large part de nos efforts de relance. Elle capitalise à l’inverse aujourd’hui sur la modération salariale et fiscale européenne, pour renforcer son avantage concurrentiel et son excédent hors Europe. Autrement dit, nos efforts de rigueur deviennent la contribution des peuples européens à l’équation allemande de financement des retraites, comme ils le furent par le passé pour le financement de la réunification.

Le projet européen, tel qu’il se dessine aujourd’hui, offre enfin très peu de chance à la coexistence de 3 grandes économies généralistes. Les deux grandes économies perdantes que sont la France et l’Italie peuvent toujours revendiquer la montée en gamme. Chaque jour qui passe restreint en fait les chances d’un financement de cette montée en gamme. Et tout nous tire vers le modèle espagnol. Autrement dit, valider l’axiome européen, c’est valider un projet productif qui nous conduit graduellement à se concevoir comme une économie complémentaire de l’Allemagne, partie intégrante de son système de sous-traitance low-cost.

Je force ici volontairement le trait. Pour souligner, que le silence sur la question européenne, fait que les programmes proposés à ce jour, quel que soit leur dosage, se condamnent à n’être que des compilations de recettes court-termistes, dénuées de véritable vision politique pour l’économie française.

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