Les mutations de la consommation des ménages

Que de profonds bouleversements dans la répartition des budgets des ménages entre les différents postes de consommation depuis 25 ans.

Premier constat, la forte progression des dépenses socialisées. Je m’explique. Les ménages ne paient pas directement tout ce qu’ils consomment et certaines dépenses sont mutualisées sur l’ensemble de la population et gérées par les pouvoirs publics. C’est le cas pour les dépenses d’éducation, de santé ou même d’une partie du logement avec les différents systèmes d’aides. Cette part de la consommation socialisée dans le total est passée d’à peine plus de 20% en 1990 à 25% aujourd’hui. Cela explique d’ailleurs pourquoi, la consommation à mieux résisté en France à la crise de 2008 que dans la majorité des pays développés.

Deuxième constat, la loi d’Engel est toujours pertinente. D’après cette loi, la part de revenu consacrée à l’alimentaire diminue au fur et à mesure que le revenu s’élève. En effet, on ne passe pas de 250 à 500 grammes de viande consommée par jour même si son revenu a doublé. Par extension, cette loi s’applique à toute une série de biens et services dits « inférieurs » qui correspondent aux besoins indispensables à la vie courante, les premiers à être satisfaits et dont le poids relatif dans la consommation totale diminue en même temps que le revenu augmente. Ainsi, l’effort consacré par les Français pour se nourrir, se vêtir, se loger, équiper son logement et, se déplacer, c’est-à-dire l’effort consacré aux fonctions essentielles diminue avec le temps et la croissance des revenus qui l’a accompagnée. Le blocage du pouvoir d’achat lié aux tours de vis fiscal après la crise de 2008 a certes contraint les Français à se reconcentrer un temps sur l’essentiel mais à 46,8% du total ces dépenses sont à leur plancher. La tendance à la baisse est donc bien là, elle-est même spectaculaire en élargissant l’échelle du temps sur les 50 dernières années avec 13 points de moins pour les dépenses essentielles. A l’opposé les biens et services supérieurs, eux, progressent plus vite que les revenus : Les dépenses de santé sont l’archétype même de ce type de biens et services. C’est certes la conséquence de l’allongement de la durée de vie, du vieillissement de la population, du développement de l’offre de soins mais aussi du maintien d’une très bonne protection sociale et de l’élévation du niveau de vie qui a permis aux ménages de de se dégager les marges de manœuvres nécessaire pour diriger une part croissante de leur ressources à leur bien-être. Conséquence, les dépenses de santé prennent désormais plus de place dans la consommation effective des ménages que l’alimentation !

Troisième constat, la montée irrésistible des services, même hors services aux logements (c’est-à-dire les loyers qu’ils soient réels ou imputés aux ménages propriétaires occupant leur logement). C’est une tendance forte, près de 5 points de gagnés en 25 ans si bien que les services représentent désormais près d’1 euro sur 2 dépensé par les ménages. Cette omniprésence des services dans la consommation est parfaitement reflétée par l’évolution de la téléphonie. Au sens large (matériel compris), cela représente une enveloppe annuelle de près de 30 milliards d’euros, c’est une multiplication par 3 depuis 25 ans alors que le reste de la consommation a été multipliée par deux. Apparus comme des produits de luxe, la téléphonie mobile, l’internet se sont en effet rapidement démocratisés et sont devenus quasiment indispensables, tout le monde le sait. Mais le plus important c’est le partage entre matériel (10% du budget) et le service (90%). A cela s’ajoute une autre caractéristique forte, le caractère souvent contractuel de ces dépenses qui lie les ménages avec leur opérateur sur une période longue.

Cela mène directement au 4ème et dernier constat : le développement des dépenses pré-engagées, c’est-à-dire de toutes ces dépenses réalisées dans le cadre d’un contrat difficilement renégociable à courte terme : dépenses liées au logement, services de télécommunications, abonnement à des chaines payantes, assurances, etc. Même si elles se sont stabilisées en fin de période, leurs poids s’est accru et représente près 34% de la consommation finale des ménages. Forte progression des dépenses socialisées, pertinence de la loi d’Engel, montée irrésistibles des services et développement des dépenses pré-engagées ont profondément marqué l’évolution de la consommation ces 25 dernières années.

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