La chimère du grand retour de l’industrie en France

Ré-industrialiser la France n’est pas un projet, c’est un fantasme. Pendant des années, on a laissé filer notre industrie sans rien faire et, maintenant, impossible de revenir en arrière.

C’est trop tard, notamment vis-à-vis de l’Allemagne qui a pris un avantage déterminant sur le haut de gamme, un avantage cumulatif. L’excédent courant allemand n’est pas que financier. C’est aussi une arme redoutable pour consolider l’avantage réel déjà constitué. L’économie allemande est constitué d’un noyau dur industriel, plus rentable que le nôtre et qui se renforce par effet d’agglomération et par une plus forte capacité à autofinancer l’investissement. Qui surexploite le levier de rentabilité grâce à la sous-traitance à l’est.

Peut-on sérieusement envisager de réduire notre écart de spécialisation industrielle, existant depuis l’après-guerre, de monter en gamme en ayant déporté la demande vers les produits low-cost et en faisant subventionner la baisse des charges par la partie la plus exposée de notre économie ? Si l’on prend le taux de robotisation comme critère caractéristique de la montée en gamme, on constate que l’écart se creuse toujours. Si bien qu’en matière de stocks, la différence n’a jamais été aussi importante.

Face à cette Allemagne désormais épicentre productif de l’Europe, la France est reléguée à la périphérie. Et à la périphérie, il y a l’Espagne qui joue la politique de la terre brulée. A force de sous-investissement, le niveau de gamme du made in France s’est rapprochée celui de l’Espagne. Pour le mesurer, il suffit de calculer l’élasticité prix des exportations en volume. A un niveau de gamme élevé correspond une sensibilité aux prix faible. Les travaux ne sont certes pas totalement convergents en la matière (ceux du Trésor, de l’INSEE, du CAE ou de Patrick Artus). Mais ils confèrent au mieux une position intermédiaire à la France, qui plus est en régression. Tant et si bien que la France jouerait aujourd’hui dans la même cours que l’Espagne ou l’Italie.

A ce niveau de gamme, les écarts de coûts sont décisifs. Or la France doit rivaliser aujourd’hui avec ses concurrents avec un niveau de coût horaire du travail supérieur de presque 40% à ceux de l’Espagne et de 26% par rapport à l’Italie. Avant la création de l’euro, il aurait suffi de dévaluer le franc pour régler le problème. Aujourd’hui, la seule possibilité pour faire disparaître les écarts de couts c’est de toucher aux salaires. C’est chose impossible en France en raison de notre consensus social.

Des coûts de production élevés et une hauteur de gamme intermédiaire ! C’est la quadrature du cercle dont la conséquence la plus néfaste est celle d’un commerce extérieur devenu structurellement déficitaire, un déficit qu’il faut éponger. L’alternative est simple 1- soit massacrer notre demande intérieure pour casser les importations. 2- soit miser sur les multinationales et les pousser à rapatrier leurs bénéfices. La France reste une puissance multinationale, elle dispose donc d’une capacité à générer des revenus, qui se retrouvent en flux positif de la balance des paiements et qui compensent notre déséquilibre des transactions de biens et services. Il s’agit là d’un élément clé de la solvabilité française.

Ce constat doit nous conduire à penser notre écosystème productif en tirant parti du fait que les groupes forment une véritable superstructure financière qui peut se transformer en atout et renforcer notre territoire, pour peu que notre système fiscal les y engage.

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