Les aberrations des baisses de charges sur les bas salaires

La concentration des baisses des charges au niveau du SMIC, fait partie aux yeux de nombreux  économistes de ce qu’il y a de plus efficace pour résorber le chômage des moins qualifiés : pour une raison d’abord évidente. Si l’on concentre l’enveloppe de baisse, sur les plus petites rémunérations, cela permet des baisses de coût beaucoup plus importantes. Et cela permet de cibler les catégories les plus exposées au chômage. Sur cette intuition se greffent pléthore de travaux empiriques, épousant des méthodes très différentes, et qui aboutissent à des résultats cacophoniques sur les ordres de grandeur, mais plutôt convergents sur l’effet positif.

En l’état de la science, admettons donc, au risque de passer pour un négationniste, qu’il existe un faisceau plutôt convergent favorable à la baisse des charges sur le SMIC. Ce que certains appellent un consensus scientifique…

Cela signifie-t-il pour autant que la mesure doit être préconisée sans discussion possible ? Non pour plusieurs raisons :

D’abord parce que nous ne savons pas cerner empiriquement les effets de la mesure sur un horizon long. Sur la base de ces études nous ne connaissons ni la pérennité des emplois créés, ni la nature de ces emplois CDI, CDD de moins de 3 mois etc. Rien n’est dit non plus sur la dynamique des salaires et de la productivité à moyen terme.

Ensuite parce que nous ne connaissons pas les effets systémiques de la mesure et notamment les effets collatéraux sur les secteurs qui ne sont pas ou peu impactés.Comment à moyen terme, l’entreprise opérant sur un même secteur, et qui a privilégié l’emploi qualifié subira-t-elle la concurrence de celles qui ont bénéficié d’un avantage de coût supérieur, parce qu’elles opèrent avec une structure de qualification plus basse ? En d’autres termes, comment évoluera l’emploi et l’activité de la restauration de moyenne gamme si la restauration rapide fait le plein des aides ?

Les études ne nous renseignent également que très rarement sur l’impact du financement de la mesure. Le cas échéant, cela modère à chaque fois très fortement l’impact attendu. Or c’est un élément décisif. Car la baisse des charges en France est certes un choc diminuant le coût du travail des moins qualifiés. Mais il est combiné à un choc positif sur d’autres impôts : la TVA, la CSG notamment, pesant sur la consommation et l’investissement, annulant une partie des effets attendus.  C’est ce qui fait que l’impact du CICE est très difficile à objectiver, car il s’est produit dans un contexte de demande tellement délétère qu’on peine à isoler ce qui revient à la baisse des charges.

Dernière zone d’ombre : est-ce que le fait de créer une forte progressivité des charges incite ou non au déclassement des salariés, freine leur évolution de salaire, ou incite à les remplacer pour faire le plein des baisses ? Là encore, très peu d’études, et aux conclusions contradictoires.

Dire alors que la baisse des charges centrée sur les bas salaires fait partie des mesures les mieux évaluées, dont l’impact bénéfique est un des résultats les mieux étayé, témoigne avant tout de la méconnaissance de la complexité du sujet. Et de la propension des économistes de laboratoire à édicter des lois sans contextualiser leurs interrogations.

Avant de préconiser la baisse des charges sur les bas salaires, il faut d’abord partir d’un diagnostic. Or la concentration du chômage sur les moins qualifiés n’en n’est pas un. Cela s’observe dans tous les pays. Si l’on pense en revanche que l’économie française souffre d’un mauvais positionnement de gamme. Que la croissance des salaires et de la demande intérieure doit se bâtir sur un socle solide de productivité et non sur des hausses de SMIC décrétées d’en haut.  Force est de constater que cette propension française à subventionner le travail peu qualifié peut poser problème.

Cela s’appelle traiter des symptômes plutôt que le mal. Méfions-nous alors des postures péremptoires sur le sujet, qui ne sont que le reflet de la propension de beaucoup d’économistes à prendre les sujets par le petit bout de la lorgnette.

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