La France et l’Italie dans l’impasse face au pivot allemand

Les modèles économiques des pays de la zone euro ont été bousculés par la grande récession. En resserrant la grille d’analyse sur 3 critères : 1- la performance extérieure, 2- l’évolution et le niveau des coûts salariaux 3 -le poids de la demande intérieure et sa contribution à la croissance, je vais ici montrer en quoi les lignes ont bougé et en quoi, pour certains pays, c’est l’impasse.

Et c’est d’abord du côté de l’Espagne que le repositionnement est le plus saisissant.

Son modèle, que l’on pouvait qualifier de Floridien, en raison de l’hypertrophie de la construction, de la consommation et du tourisme, sans parler des effets de richesse, a été balayée par l’explosion de sa bulle immobilière.

Et que voit-on ? Un pays qui redevient excédentaire avec un solde courant désormais proche de 2% de son PIB après avoir été archi-déficitaire. Un pays où la maitrise des coûts salariaux est devenue un axe prioritaire : avant la grande récession le cout général de la main d’œuvre (hors administration) évoluait sur une base annuelle de 4,1% ; après la moyenne tombe à 0,2% seulement. Très en-deçà de la moyenne de la zone euro. Quant à la contribution de la demande intérieure, c’est simple : le poids de la consommation dans la formation du PIB a cédé 2 points sur la période et les dépenses des ménages sont en recul de 5%.

Autrement dit, l’Espagne a basculé vers un modèle de développement purement mercantiliste après la crise et comme un PECO (mais du Sud), elle mise aujourd’hui sur la faiblesse de ses coûts de main d’œuvre pour se positionner en sous-traitance du noyau dur européen.

De son côté, l’Allemagne, Pays mercantiliste de 1er rang, a adouci quelque peu son modèle.

C’est perceptible dans l’accélération des coûts de sa main d’œuvre plus rapide que dans le reste de la zone euro depuis trois ans. Mais attention, sur le fond rien ne bouge.

Les pays de l’Est lui sont toujours subordonnés et contribuent à lui offrir des avantages compétitifs considérables : c’est bien pourquoi, elle est de loin leur premier partenaire : premier fournisseur, représentant en moyenne près de 22% des importations de la Slovénie, de la Slovaquie, de la Hongrie, de la Pologne et de la République tchèque et premier débouché (24% environ de leurs exports) : l’économie de bazar est donc toujours à l’œuvre.C’est bien pourquoi l’Allemagne reste ultra-compétitive, malgré l’instauration d’un salaire minium et engrange des excédents courants record, qui flirtent désormais avec le barre des 10% de PIB.

Autrement dit l’Allemagne conforte sa position de pivot, sur un mode cumulatif. Elle explose maintenant le seuil des 6% d’excédent excessif… s’exposant au pire à quelques petits sermons réprobateurs Bruxellois. Quant à la consommation, elle représente aujourd’hui 55% du PIB comme en 2008, ni plus ni moins.

Face à cela, deux autres grands pays producteurs à vocation généraliste, l’Italie et la France, peinent de plus en plus à définir leur positionnement, se retrouvent dans une impasse stratégique.

Je vais ici placer le projecteur sur la France qui a cru pouvoir jouer la carte du modèle globalo-financier, à l’image des pays anglo-saxons. Un modèle qui repose sur la force de la finance, la sur-pondération de la consommation des ménages dans la formation du PIB grâce aux effets richesse liés à l’immobilier. Un business model dans lequel le poids de l’industrie s’est délité et où les multinationales ont misé sur un redéploiement à l’international. Tout cela se solde par de forts déséquilibres extérieurs. La rente que dégagent nos grand groupes sur le reste du monde peine de plus en plus à compenser les pertes d’un appareil productif de moins en compétitif sur le territoire. Certes, les coûts de main d’œuvre progressent au ralenti et même moins rapidement que l’Allemagne depuis trois ans, mais pas vis-à-vis de l’Espagne ou de l’Italie, nos plus proches concurrents. Il faut en avoir conscience la France a joué contre nature, en soutenant sa consommation plutôt que ses entreprises, et en se désintéressant de son tissu de PME et d’ETI, les entreprises de taille intermédiaire. Cette stratégie nous a conduits à l’échec. Nous cumulons ainsi déficit structurel de la balance courante, désindustrialisation, perte de vitesse de la consommation. Et on ne voit vraiment pas comment le pays va se repositionner.

Comme l’Italie, bousculés par l’hyper-puissance de l’éco-système allemand, nous sommes dans une impasse stratégique, dont la monnaie unique, dans son fonctionnement actuel, est le principal verrou.

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