Les deux chocs décisifs pour rétablir la confiance

A l’heure où fleurissent les programmes présidentiels sur fond de pédagogie de l’urgence j’aimerais ici parler de deux chocs de confiance dont a besoin la France. Lorsque je parle de choc, je ne me rallie pas nécessairement à la thématique de l’urgence. Je n’ai nul besoin de noircir le bilan français. Je parle de l’avenir d’une économie que je ne considère pas beaucoup plus mal lotie que les autres. Et qui, comme les autres, doit retrouver la martingale de la croissance en s’attaquant aux faiblesses qui lui sont propres.

Si l’on pense à la décennie perdue européenne en termes de croissance quel est le principal risque pour la décennie à venir. Que les anticipations ne figent dans le marbre ce qui deviendrait alors un régime permanent. Et l’urgence est d’abord là. Agir positivement sur les anticipations, les projections des agents, sans dogme préconçu, sans chapelle doctrinale, pro-offre ou pro-demande. C’est pourquoi je parle de double choc.

Je commencerai par le choc d’offre.

Puisqu’il est avéré maintenant que la politique monétaire et les taux zéro ne peuvent pas tout en matière d’investissement, d’où pourrait venir ce choc ? Probablement pas des réformes en matière de flexibilité, qui en France ne peuvent être que graduelles, et dont la concrétisation dans la pratique, est freinée par le manque d’adhésion d’une partie de la population, par un habitus, sans parler de la jurisprudence. Des réformes qui par ailleurs ne portent leurs fruits qu’à très long terme, et sous condition que l’endettement privé ou public impulsent la croissance, à défaut des salaires, mis sous pression. Ce type de réforme pourrait faire sens cependant si, comme en Allemagne, elles visaient la cible particulière des plus petites entreprises, les moins de 10 par exemple, confrontés à une plus forte instabilité de leur marché et à faible capacité pour provisionner les risques induits.

Dans le cas français, c’est probablement du côté de la fiscalité du capital, que pourrait surgir alors le choc le plus saisissant pour les esprits. D’abord, parce qu’il s’agit d’un des derniers leviers sur lequel les gouvernements ont la main. Ensuite, parce que la France n’a pas pris encore la mesure du fait qu’elle avait perdu sa centralité en Europe après la réunification allemande. Et ce simple constat, devrait de façon imparable la conduire à reconstituer son attractivité. Elle ne peut plus avoir la fiscalité d’un pays pivot en termes de production et surtout d’accès au grand marché intérieur. Et pour marquer les esprits, il est clair que c’est une baisse de l’IS, même si ce n’est qu’un élément parmi d’autres de la fiscalité du capital, et pas forcément le plus problématique, qui devrait être le marqueur de ce tournant. Troisième réforme symbolique forte : définir un statut fiscal de l’entrepreneur, qui reconnaitrait que l’exposition au risque n’est pas identique pour tous. Et que certains acteurs économiques sont confrontés à un risque non diversifiable, débordant sur leur famille, qui mérite un traitement fiscal particulier, notamment en termes de déduction des pertes, ou de fiscalité des plus-values.

Il faut à côté de cela un véritable choc de demande.

Non pas un choc de salaire, Certainement un choc d’investissement public…. S’il est très sélectif. Et encore, surement est-ce plus un enjeux européen que franco-français. Quand je parle choc de demande, je pense encore une fois à un choc sur les anticipations. Des anticipaptions des ménages sapées par des années de bashing infondé du système social français. Dont j’ai déjà souligné par le passé qu’il était l’un des plus traçable et l’un des mieux équilibré à long terme. Cette défiance organisée, dans une société à risque, est un élément qui pousse à la suraccumulation de capital improductif ou de produits financiers supposés sans risque. Au moment même ou les pays anglosaxons sont au chevet de leur état providence, dont ils réalisent qu’ils ont poussé trop loin le démembrement.

Redonner confiance, cela veut dire, relégitimer les choix intentionnels, sur la base d’un pacte national consensuel, optimiser les structures de santé, d’éducation, et piloter avec davantage de rigueur les équilibres financiers de court terme des différents régimes. Car il est vrai que la France a probablement trop lissé son effort d’ajustement, légitimant à tort, le discours sur la non soutenabilité.

Il n’ aura pas de vrai rebond de croissance sans ce double socle de confiance.

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