Nos multinationales roulent-elles encore pour la France ?

La France reste est demeure une puissance multinationale, avec une très forte concentration productive au sommet. Les chiffres sont édifiants : 1% des entreprises sont à l’origine de 52 % de la VA marchande. Ces mêmes 1% concentrent 85% de l’investissement et 97% des exportations. Et si je me restreints aux grands groupes multinationaux implantés sur le territoire, je constate alors que ces derniers au nombre de 240 environs, réalisent plus de 56% de leur chiffre d’affaire à l’étranger et y implantent près de 58% de leurs effectifs.

On sait toutes les inquiétudes que cela suscite en termes de déperdition d’emplois sur le territoire, de concentration des risques industriels, d’intrusion étrangère dans le contrôle, d’instabilité des contours que génère le jeu des FUSAC ou d’évaporation de notre assiette fiscale. Ces risques sont bien réels. Mais, il faut l’avouer, on détient peu d’information statistique pour les étayer véritablement.

Pour prendre la question la plus simple. Les groupes multinationaux implantés en France, sont-ils plutôt destructeurs ou créateurs d’emplois sur le territoire ? Et bien il est en fait très difficile de répondre à cette question. Certes la sur-représentation des groupes fait qu‘aujourd’hui la production délocalisée représente 2,5 fois nos exports, contre 2,35 pour le Royaume-Uni, 1,45 pour l’Allemagne, 1,2 pour l’Italie et 0,7 pour l’Espagne. Et le fait de produire sur les marchés de destination au lieu d’exporter depuis le territoire nuit mécaniquement à l’emploi. Mais c’est oublier :

1/ Que ces mêmes grands groupes, forts de la clientèle privilégiée de leurs filiales réalisent à eux-seuls plus de la moitié des exportations hexagonales.

2/ Que nous ne savons que très peu de choses sur la dynamique d’emplois des grandes multinationales sur le territoire. La croissance de leur poids relatif dans l’emploi national pourrait certes laisser supposer qu’elle est positive. Mais l’on sait surtout que ce poids croissant est dû à des acquisitions. A périmètre constant, on ne dispose que d’indices qui suggèrent au mieux une stabilité, mais dans un contexte de croissance très défavorable, il faut le souligner.

Cette hyperconcentration au sommet nous rend elle vulnérable ? Là encore les informations alarmistes ne manquent pas. L’année 2015 a laissé des traces, puisque 3 groupes sont passés sous pavillon étranger : Lafarge, Alstom et Alcatel-Lucent. Sans parler du poids des investisseurs étrangers, essaimés certes, au capital du CAC 40. Qui oscille autour de 45%. Un chiffre, qui peut laisser supposer que nos groupes sont des proies faciles. Un peu de recul, montre cependant que l’on sous-estime aussi le pouvoir de prédation de nos propres groupes. Ce qu’indique la balance des investissements directs, c’est que structurellement, les groupes résidents, tendent prendre le contrôle plus qu’à le céder, en dépit de quelques phases très spécifiques, dont la plus récente.

Cette focalisation mal étayée sur les peurs nous empêche surtout d’aborder les atouts que recèle cette caractéristique française.,Car disposer de grands groupes, c’est disposer de structures en prise directe avec les marchés du monde entier, source d’informations et d’adaptation aux besoins locaux ; c’est disposer d’une capacité d’implantation dans les régions à fort potentiel de développement et à forte dynamique démographique qui nous branche sur une conjoncture monde moins anémiée que celle de l’Europe. C’est disposer d’un pouvoir de marché et d’une puissance de feu financière pour acquérir des marques, des brevets, mobiliser les savoirs faire à travers le monde. Et cette même puissance de feu financière permet à ces mêmes groupes d’être des acteurs clé du développement des jeunes pousses, ou des PME après acquisition. L’essentiel des PME franchissent d’ailleurs le seuil qui les mène à la taille d’une ETI, dans le cadre d’une structure de groupe. Autrement dit les groupes sont des acteurs clés de la destruction créatrice.

Et c’est enfin disposer d’une capacité à générer des revenus, qui se retrouvent en flux positif de la balance des paiements, et font plus que compenser notre déséquilibre des transactions de biens et services. Il s’agit là d’un élément clé de la solvabilité française, puisque la position financière globale de la France reste peu dégradée en dépit de la dérive de ses finances publiques.

Cette réalité forte doit nous conduire à penser notre écosystème productif en tirant parti du fait que les groupes constituent une véritable superstructure financière, et peut se transformer en atout et renforcer notre territoire à condition qu’il existe à leur côté, un véritable moteur entrepreneurial.

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