Comment l’économie de la zone euro reste enlisée

A peine relancée, l’économie européenne patine déjà. La demande intérieure est en panne et tout ou presque de ce qu’il reste de croissance est venue de l’extérieur au 2ème trimestre. C’est un constat amer : la zone euro n’est plus capable d’accélérer seule et accrocher 1,5% de croissance devient une prouesse. Surtout, le second semestre s’annonce très périlleux. Le décrochage cet été de l’indicateur du sentiment économique de la Commission européenne en donne un premier aperçu, traduisant à la fois le recul de la confiance des ménages et des entrepreneurs.

Le repli des PMI en septembre rajoute une couche d’inquiétudes : au-dessus de 50, l’indicateur composite reste dans la zone d’expansion, mais la dynamique s’étiole et indique une croissance européenne à petite vitesse.

C’est d’autant plus dommageable que l’économie européenne va devoir faire face à plusieurs vents contraires. Le premier, c’est celui de l’épuisement des effets jusqu’ici très bénéfiques du contre choc pétrolier. Non pas que les cours du brut vont flamber à nouveau mais leur simple maintien à leurs niveaux actuels fait disparaître la cagnotte pétrolière. Ce qui est important aujourd’hui ce n’est pas tant le niveau des cours que leurs variations. Or, depuis la fin 2015 ils ont progressé de 32% en euros. C’est du pouvoir d’achat en moins pour les ménages et une hausse de leurs coûts de production pour les entreprises. Or dans l’environnement actuel, difficile de faire passer cette hausse dans les prix, ce qui va peser sur les marges donc la capacité des entreprises à investir et à embaucher. Deuxième vent moins favorable, les taux d’intérêt.

Non pas que le scénario soit celui d’une brutale remontée. Non, mais ils sont tombés si bas qu’ils sont à leur plancher et il est difficile d’imaginer qu’ils produisent autre chose que ce qu’ils ont produits jusqu’ici. Ces deux mèches devaient permettre de rallumer l’activité et d’embrayer sur un cycle de croissance auto-entretenue. Or ces deux mèches ont été trop courtes.

Certes, avec la reprise de l’activité le taux d’utilisation des capacités de production s’est à nouveau redressé. C’est une étape clé car c’est à ce moment-là que les équipements sous-utilisés sont à nouveau mobilisés, que le capital humain donne son plein rendement. Bref, c’est à ce moment-là que les gains de productivité sont les plus élevés permettant de dégager les marges de manœuvre nécessaires pour investir et embaucher et ainsi mettre en place un cercle vertueux de croissance. Or, le mouvement s’est brutalement interrompu depuis le début de l’année. Et cela n’a pas manqué, l’investissement équipement des entreprises s’est paralysé (notamment en Allemagne en Italie et en France) et les créations nettes d’emplois se sont réduites comme peau de chagrin, passant d’un rythme mensuel proche de 400 000 au 1er trimestre à 200 000 au deuxième pour tomber à seulement 24 000 en juillet.

C’est donc sur une zone euro en quête d’un second souffle qu’est survenu l’inattendu, le Brexit. C’est un saut dans l’inconnu, une plongée dans le brouillard qui va pousser les chefs d’entreprise à jouer encore plus la carte de la prudence. Autre déconvenue, compte tenu de la faiblesse des taux d’intérêt et des cours, les principales places boursières devraient être euphoriques. Mais il n’en est rien comme l’illustre l’Eurostoxx 50 : le marché des actions est désespérément plat.

C’est vrai, les effets richesse sont plus limités en Europe qu’aux Etats-Unis, mais une euphorie boursière c’est l’assurance d’une bulle d’optimisme du côté des entreprises capable de modifier les anticipations. Mais là, rien de tel. On a beau regarder de tous les côtés rien ne semble pouvoir sortir spontanément la zone euro de sa langueur, une zone euro à la recherche d’une locomotive désespérément !

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