L’Etat est-il démesuré et inefficace : la vérité des chiffres

Petit exercice comptable, pour apaiser les esprits sur le surdimensionnement de l’Etat français. Oui la France est bien en tête du poids des dépenses publiques dans le PIB. La donnée est bien connue. Mais elle est surexploitée, comme le symptôme irréfutable de l’inefficacité de l’Etat, de son ankylosement. Et la campagne électorale sera entre autre un concours de beauté à celui qui aura le courage de trancher dans le vif de cette dérive qui grève la compétitivité des agents privés.

Alors revenons sur les chiffres. Essayons de comparer ce qui est comparable, et de raisonner à périmètre identique. Pour cela, il faut regarder ce que dépense réellement la collectivité sur les grandes fonctions d’intérêt général assumées majoritairement par l’Etat, mais non exclusivement par l’Etat. Car on le sait, la gestion des grandes fonctions d’intérêt général ne passent pas nécessairement par l’Etat. Une partie est prise en charge par des acteurs privés, qui n’en procèdent pas moins à un prélèvement sur le revenu des agents privés. C’est le cas notamment des retraites, de la santé et de l’éducation dont les modes de gestion diffèrent selon les économies. Le fait qu’une partie des retraites soit prise en charge par des régimes privés volontaires d’assurance, que le système hospitalier ou que l’éducation soit privatisés et que leur financement passe aussi par des circuits privés, sort partiellement ces grands services du giron de la comptabilité publique, mais ne les rend pas moins coûteux pour le citoyen. Voilà pourquoi, il faut raisonner à périmètre identique. Ce que je vais faire, sommairement certes, sur 6 grandes économies : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Suède, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Pour cela je vais scinder les dépenses publiques en plusieurs grands blocs.
1/ Les dépenses liées au fonctionnement des services généraux de l’Etat. Autrement dit le coût de la bureaucratie. Ce n’est pas là que la France creuse l’écart.
2/ Ensuite, tout ce qui a trait aux fonctions régaliennes de sécurité extérieure et intérieure ; Là encore, en dépit des astreintes liées à la puissance militaire, ce n’est pas là que se crée le gros de l’écart, notamment avec les pays anglo-saxons. Bien au contraire.
3/ Les dépenses d’intervention économique (au sens étroit d’abord), puis au sens large, en y intégrant toute la politique du logement, de la culture, de l’environnement. Là effectivement apparaît un écart significatif, lié notamment à la politique du logement et de la culture. Cet écart peut être néanmoins atténué, si je tiens compte du fait que cette masse intègre des crédits d’impôts, comptés en dépenses supplémentaires, alors que de fait il s’agit de fait de baisses d’impôt.

Au total, à ce stade, si je somme ce premier ensemble, la France bien parti des pays dispendieux, avec l’Italie, la Suède. Notamment du fait de ses spécificités en matière de soutien au logement et de politique culturelle. Mais je ne détiens là qu’un tout petit bout de l’histoire.

C’est lorsque je m’intéresse aux dépenses de protection sociale, et d’investissement social (santé, éducation) que le fossé se creuse vraiment. Là apparaît un écart de plus de 15 points avec les Etats-Unis, de 9 points avec le Royaume-Uni, de 8 points avec l’Allemagne, de 6 points avec l’Italie et de près de 4 points avec la Suède. C’est considérable.

Mais c’est précisément sur cette part des dépenses publiques qu’interfèrent le plus les options de mode de gestion et de circuit de financement. Pour s’en faire une idée, je vais réintégrer ici ce que l’on sait des dépenses privées d’assurance retraite. Ce que l’on sait du poids réel des dépenses de santé assurés par les agents privés ; Ce que l’on sait enfin des dépenses privées d’éducation. Le redressement n’est certes pas exhaustif. Mais il s’agit là des trois postes les plus significatifs. La prise en compte des régimes privés de retraite conduit à un redressement voisin de 4 5 point de PIB des dépenses des pays anglo-saxons. La prise en compte des circuits privés de financement de la santé induit un redressement spectaculaire des dépenses américaines, de 8 à 9 points de PIB. Mais le redressement est significatif aussi en Suède. Concernant les dépenses d’éducation, c’est à nouveau et sans surprise dans les pays anglo-saxons que l’on observe les plus gros redressements.

Au total, lorsque l’on réincorpore tous ces éléments dans un indicateur de dépenses d’utilité générale élargi, la France demeure bien en tête du classement. Mais l’anomalie française n’a pas l’ampleur qu’on lui prête souvent. Reste en revanche l’exception allemande, qui constitue bien un pays à part en termes de prodigalité.

Une réflexion sur “L’Etat est-il démesuré et inefficace : la vérité des chiffres

  1. Monsieur Passet,
    merci pour cette mise au point concernant les fameux 57% du PIB consacres a la dépense publique. Plus généralement j’apprécie vos interventions pour leurs cotes claires et accessibles aux néophytes de l’économie parmi lesquelles je me compte. Cependant, je trouve que vos interventions manque d’objectivité et il n’ait besoin que d’en visionner une ou deux pour comprendre de quel cote vous penchez. Personnellement je trouve cela dommage et plus de nature a desservir la crédibilité de vos analyses alors que, je le répète, elles sont véritablement claires et pédagogiques pour les gens comme moi qui ont lu un peu d’eco (Stiglitz: principes d’économie moderne et RL Heilbronner:Les grands économistes).
    En ce qui concerne plus spécifiquement votre analyse, je me permettrai quelques remarques:
    – vous soulignez l’exception allemande qui démontre que l’efficience de la dépense publique peut tout a fait être améliorée, ce qui est en soit une invitation a revisiter la dépense publique française, ses faiblesses comme ses forces. Pourquoi cela n’ait-il pas entrepris sérieusement par ce gouvernement, alors que la dette approche les 100% du PIB et que l’on attend un soit-disant retour de croissance qui joue l’arlésienne depuis 2012 ? Personne ne pourra dire que l’on ne savait pas vu que les rapports de la cours des comptes (bien dérangeants, il est vrai, et que l’on discrédite a qui mieux-mieux en arguant que ces gens-la sont des magistrats qui n’ont aucune idée du « terrain ») rappellent régulièrement les optimisations possibles de la dépense publique dans de nombreux domaines.
    – étant un professionnel de la santé, certains faits dans ce domaine laissent sans voix: pourquoi une appendicectomie coute-t-elle entre 3 a 5 fois moins chère dans une clinique que dans un hôpital public ? Comment ce fait-il que dans l’hôpital public d’une ville de bonne taille ou j’ai été interne (et dont le député maire est actuellement ministre) la clinique se situant a moins de 10 km opérait en 2 semaines quasiment le même nombre de patients pour pose d’une prothèse totale de hanche que l’hôpital public en un an !! (a nombre de chirurgiens équivalents, bien entendu). Dernier constat, j’ai un ami qui est chirurgien maxillo-facial dans une clinique d’une capitale régionale française et qui, avec son associé, fait environ sur une année 5 fois l’activité du CHU local qui compte 6 praticiens a temps pleins plus un certain nombre de vacataires ? Certes le CHU a une mission supplémentaire de recherche et formation mais dans ce cas specifique, on ne peut pas dire que beaucoup de publications « chocs » soient produites par le service en question, et meme du CHU concerné (exception faite de quelques services qui ont une activité scientifique régulière et de bonne qualité).
    Mon point (de néophyte) est que la part de la dépense publique dans le PIB ne m’a jamais vraiment fait sursauter: par contre, la façon dont l’argent de la nation est gérée par les gens en responsabilité relève souvent d’une incompétence crasse ou, pire, d’une clientelisation, et est donc, de ce fait, a revoir de A a Z dans de nombreux domaines. Par exemple, des instances de contrôle indépendantes, renouvelables regulierment et dont les membres stopperaient leurs activités politiques et/ou professionnelles le temps de leur mandat, soient mises em place et dote d’un réel pouvoir bloquant: ainsi a quoi peut bien servir la cour des comptes vu que tout le monde s’en sert de punching ball/defouloir alors que ce sont les seules (ou presque) a faire des constats justes: ainsi ils ont rendu récemment un avis concernant ma spécialité médicale qui m’a semblé comporter beaucoup de constatations vraies mais je ne m’en suis félicite qu’a bas bruit car j’aurais probablement hérité du goudron et des plumes si je l’avais fait a haute voix tant certains de mes collègues (a commencer par les libéraux) étaient vent debout contre ce rapport.
    En conclusion, je dirais qu’a l’extreme, peu importe la part des dépenses publiques dans le PIB a partir du moment ou (1) cet argent est perçu non pas comme un instrument politique pour favoriser sa réélection et celle de se amis politiques et ou (2) que son utilisation n’est pas subordonnée aux théories des ayatollahs du keynesianisme primitif (les économistes atterres, la rédaction d’alternatives économiques ou les penseurs de Terra Nova, ce qui, en gros revient un peu au même tant tout ce petit monde semble constituer un entre-soi ou le vase clos fait que chacun s’auto-conforte dans la persuasion que ses thèses sont les bonnes vu qu’il n’y a aucune prise de l’extérieur et donc aucune critique ni remise en cause susceptible de s’imposer).
    A ce sujet, souvenons nous de 1983: sans parler des nationalisations, la relance économique par la demande gracieusement offerte par l’état qui est passée dans les voitures allemandes, les magnétoscopes et walkmans japonais avec comme résultats 2 dévaluations et finalement le tournant (salutaire) de 1983. Et il ne s’agissait pas encore, a l’époque, de la globalisation telle que nous la connaissons actuellement avec internet et des moyens informatiques permettant des inanités tel que le fast-trading.
    Enfin, je terminerai par ce que je pense être le plus important, ce qui manque peut être le plus a notre pays et qui fait les grands états: les grands hommes, avec le courage politique, le vrai. Il n’est ici nullement question des Sarkozy, Valls et compagnie qui se pique promptement de colère dans les hémicycles, pensant surement que la grandeur d’un homme d’état se mesure au nombre de décibels qu’il est capable d’atteindre a l’assemble ou au sénat, mais qui font piteusement marche arrière a la moindre anicroche et abandonne leurs reformes promises (juré/craché) en période électorale en rase campagne (vive la loi El Komry !). Ceux-la ne sont que des messieurs aux petits pieds et aux idées courtes (si jamais ils en ont, mais, ouf, Terra Nova ou Patrick Buisson sont la pour les aider) dont la principale anxiété réside médiocrement dans leur cote de popularité et leur chance de devenir un jour calife a la place du calife. Sacrebleu, quel contraste avec certains illustres prédécesseurs qui avaient une si haute opinion de la grandeur du pays et aussi du bien public ! A ce sujet, je daterai la fin des grands hommes d’état français au décès de Georges Pompidou en Avril 1974: a ce sujet, je vous recommande la lecture du livre d’Edouard Balladur, alors secrétaire général de l’Elysée sur les 4 derniers mois de Pompidou et qui est titré : » la tragédie du pouvoir:le courage de G Pompidou ». Alors qu’il était en phase avancée d’une maladie de Waldestrom (brièvement, un atteinte maligne des os qui est toujours de traitement difficile en 2016) il a tenu le cap, avec l’aide de ses collaborateurs, jusqu’au bout et pris des décisions (développement du programme nucléaire civil, premiers vols du concorde) qui ont eu des conséquences importantes, notamment sur le plan énergétique.
    Ou sont-ils passes les Louis XI, les Richelieu, les Thiers, Clemenceau, Gambetta, Waldeck-Rousseau et autres ? Ils ont disparu, emportes par la dictature des médias et la professionnalisation de la politique. Et malheureusement pour nous, on aura beau se réclamer de Clemenceau (par pitié, que l’on cesse de galvauder son nom a ce point), cela ne changera rien au problème: lorsque l’on est a courte vue, on restera toute sa vie a courte vue.
    Donc un peu plus d’objectivité dans vos analyses serait, selon moi, de nature a rendre vos synthèses plus équilibrées et conséquemment plus justes, il me semble.

    Bien Cordialement
    Nicolas Rognant

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s